Dossier "Je suis Charlie, et maintenant ?"
Note du CNESCO : « École : le défi de la mixité sociale et ethnique »
2 février 2015

« Comment faire de notre école un puissant vecteur d’intégration laïque, économique, sociale et politique ? » c’est la question que s’est posé le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) suite aux tragiques événements de janvier. Après avoir publié une première note sur l’apprentissage de la citoyenneté, le CNESCO a diffusé le 22 janvier une note complémentaire dans laquelle il interroge « la capacité de l’école française à jouer le rôle crucial qui est le sien dans notre modèle d’intégration républicain des populations scolaires issues de l’immigration ». Intitulée École, immigration et mixités sociales et ethniques, cette note rappelle que «  les résultats scolaires des élèves issus de l’immigration se sont dégradés durant la dernière décennie et que l’écart de performance entre les jeunes autochtones et les immigrés de la seconde génération est supérieur, en France, à celui observé dans les autres pays de l’OCDE  ». Une tendance que le CNESCO met en lien avec l’existence d’une école à forte ségrégation sociale et ethnique qui « produit des effets néfastes puissants sur un ensemble de dimensions sociétales » : problèmes de santé des jeunes, consommation de stupéfiants, incivilités, maternités précoces, intolérance vis-à-vis de l’étranger ou de l’altérité, difficulté à dialoguer…

Des « bombes à retardement scolaire, social et politique »

Ainsi, en France, près de 43 % des élèves issus de l’immigration n’atteignent pas le niveau minimum en mathématiques (PISA 2012). Des sous-performances scolaires qui engendrent un sentiment d’injustice plus marqué chez les jeunes issus de l’immigration, regroupés dans des « ghettos scolaires » qui deviennent de véritables « bombes à retardement scolaire, social et politique » estime le Conseil national qui souhaite placer prioritairement au cœur de sa réflexion « la recherche d’une réelle mixité sociale et ethnique à l’école ». « Au-delà et en complément d’une meilleure éducation aux faits religieux », il propose de s’appuyer sur des expériences menées à l’étranger. Ainsi, en Angleterre, les gouvernements successifs ont mis en place des mécanismes « de quotas sociaux et scolaires dans les écoles ou d’affectation visant les mêmes effets ». Plus discrets, certains districts américains n’affichent pas de quotas mais ont mis en place des modes de régulation des affectations des élèves pour améliorer la mixité. Conscient qu’il s’agit de politiques complexes s’inscrivant dans des temps longs, le CNESCO estime toutefois qu’il est «  désormais urgent de les engager concrètement ».

Livre : Choisir l’éthique

« Pour un enseignement laïque de la morale » est un ouvrage collectif qui veut apporter sa contribution au débat sur l’introduction de l’EMC à l’école. Une dizaine d’auteurs apportent des éclairages historiques, philosophiques et pédagogiques sur la question. « Loin de viser à imposer des jugements tout faits, il s’agit de développer chez les écoliers et collégiens l’aptitude à choisir de manière raisonnée une option d’ordre éthique ». Fort de cette ambition, le livre permet de situer les enjeux de cet apprentissage et d’envisager concrètement sa mise en oeuvre en classe. Éditions Privat, Le comptoir des idées, 224 pages, 12 €

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Devant les élèves : Paroles d’enseignants
- Hélène Romano : « Faire un temps fondateur d’une nouvelle cohésion collective »
- Note du CNESCO : « École : le défi de la mixité sociale et ethnique »
- Agnès van Zanten : « La mixité se joue essentiellement au niveau local »
- Histoire : La laïcité mais laquelle ?
- Hicham Benaïssa : « La loi de 1905 est une loi de liberté »
- Benoît Falaize : « Expérimenter les valeurs, sinon c’est du catéchisme »