Dossier "Je suis Charlie, et maintenant ?"
Hélène Romano : « Faire un temps fondateur d’une nouvelle cohésion collective »
2 février 2015

Trois questions à Hélène Romano, docteur en psychopathologie, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

« Faire un temps fondateur d’une nouvelle cohésion collective »

Quelles peuvent être les conséquences psychologiques du drame de janvier ?

Dans notre histoire, il y a souvent eu des catastrophes bouleversantes, comme celle du barrage de Malpasset en 1959, Xynthia en 2010, l’affaire Mérah... Toutes les catastrophes marquent une société, une génération, une époque. Un traumatisme, chez l’enfant comme chez l’adulte, ne s’oublie jamais. L’enjeu est de parvenir à le mettre en mémoire, c’est-à-dire à l’assimiler afin de s’adapter pour pouvoir vivre avec. Et pour l’assimiler, il faut lui donner du sens, sinon c’est dramatique. Donner du sens, voilà ce qui doit donc en permanence guider les adultes. Quand il y a du sens, tout discours est positif pour l’enfant. Les événements de ce début janvier vont marquer l’histoire de la France. À nous, individuellement et collectivement, d’en faire un temps fondateur d’une nouvelle cohésion collective en reconnaissant tous les effets de ces actes terroristes et sans chercher à les dénier : n’ayons pas peur d’avoir peur et faisons de cette peur une force de créativité pour demain. L’enjeu est considérable pour ne pas faire grandir nos enfants dans une société terrorisée et terrorisante.

Comment agir auprès des enfants ?

Tous les enfants ne vont pas assimiler cet événement de la même façon. Certains, par exemple, vont immédiatement questionner leurs parents, alors que d’autres mettront plus de temps à l’évoquer. Les sujets d’interrogations ou d’inquiétudes, selon les enfants, pourront également être différents. L’école a un rôle à jouer, dans la durée. Auprès des enfants, la parole, la mise en sens, la mise en pensée est essentielle : ne jamais être intrusif par rapport aux représentations de l’enfant, toujours partir de ce qu’il a compris et de ce qu’il s’imagine. Qu’il puisse parler de ce qui lui fait peur, lui demander ce qu’il fait quand il a peur, lui donner des ressources pour ne pas rester seul face à sa peur. La clé est d’adapter son discours à l’enfant, à son niveau de compréhension des choses. Les adultes doivent réajuster sans cesse leur propre discours à ce que va dire l’enfant ou aux questions qu’il va poser, lui faire sentir qu’ils sont à l’écoute pour le rassurer.

Et des enseignants ?

Il faut leur dire de reprendre confiance et leur faire confiance, ne pas les disqualifier ni tout remettre sur leurs épaules. Il faut les accompagner dans leur fonction d’enseignant, sans jugement de valeur. Ils doivent rester disponibles auprès des enfants, ne rien pathologiser mais les aider à décoder, à décrypter ce que vivent leurs élèves.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Devant les élèves : Paroles d’enseignants
- Hélène Romano : « Faire un temps fondateur d’une nouvelle cohésion collective »
- Note du CNESCO : « École : le défi de la mixité sociale et ethnique »
- Agnès van Zanten : « La mixité se joue essentiellement au niveau local »
- Histoire : La laïcité mais laquelle ?
- Hicham Benaïssa : « La loi de 1905 est une loi de liberté »
- Benoît Falaize : « Expérimenter les valeurs, sinon c’est du catéchisme »