Politique éducative : changer de cap

Mis à jour le 29.08.19

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Échaudé par les mobilisations du printemps autour de sa loi, Jean-Michel Blanquer déclare à tous les micros être le ministre du dialogue et de la concertation. Un changement de ton qui à première vue, semble rompre avec sa méthode verticale. Le SNUipp-FSU, reçu mardi 27 août au ministère, ne s'en tiendra pas aux bonnes intentions. Il a rappelé au locataire de la rue de Grenelle l'urgence d'avancer sur les sujets qui préoccupent la profession : abaisser les effectifs, augmenter les salaires, développer une formation initiale et continue à la hauteur des enjeux actuels de l'école, entre autres.

Ministre échaudé craint la chaude rentrée... après les mobilisations contre la loi Blanquer, le voilà tout sourire, se déclarant « le ministre des professeurs » et de la concertation, recevant les organisations syndicales une à une. Le SNUipp-FSU a répondu à l'invitation. Objectif : porter la parole de la profession, ses préoccupations en cette rentrée 2019 et défendre son projet éducatif, synonyme de justice et d'égalité. Car le ministre de son côté, derrière un ton adouci, ne renonce à aucun aspect de sa politique pourtant décriée. Aucun engagement à réduire les inégalités. Aucune amélioration des conditions d’apprentissages des élèves et des conditions de travail des personnels, actant ainsi une cassure avec la communauté éducative.

La mobilisation a permis le retrait des EPLESF et de l'autorité hiérarchique des directeurs et directrices d'école sur leur équipe mais le reste de la loi Blanquer a été adopté cet été par le Parlement. Quant aux annonces présidentielles d'avril dernier : moratoire sur fermetures d’école sous le quinquennat, dédoublement des grandes sections d'éducation prioritaire, plafonnement général des effectifs à 24 de la GS au CE1, si elles vont dans le bon sens, elles nécessitent deux conditions : celle d’une dotation suffisante pour ne pas dégrader la situation des autres classes et celle d'une généralisation de la baisse des effectifs dans toutes les classes.

Baisser les effectifs dans toutes les classes

La question des effectifs de classe reste en effet l'une des préoccupations majeures de la profession. Or, les derniers chiffres officiels montrent une augmentation du nombre de classes de plus de 24 élèves l'année dernière, essentiellement à l'école élémentaire. Comment compte-t-il y parvenir ? En s'appuyant sur la baisse démographique, répond-il et avec des créations de postes stabilisées au même niveau. Mais année après année, les créations de la rentrée ne suffisent pas et le rural, la maternelle, les dispositifs « Plus de maîtres » en paient le prix cette année encore. Pour le SNUipp-FSU, la dotation doit être suffisante pour que cette mesure ne soit pas payée par une augmentation des effectifs dans les autres classes. La baisse démographique ne suffira pas. Pour les dédoublements des grandes sections, le ministre reconnaît se heurter aux problèmes de locaux.

Revaloriser les salaires

Ce n'est qu'à l'occasion de la réforme des retraites qu'il a reconnu la nécessité de revaloriser les enseignantes et enseignants, notamment du premier degré. à grand renfort de médias, il a annoncé une augmentation de 300 euros annuels bruts en omettant de préciser qu'il s'agit là de la continuité de l'accord PPCR qui aurait dû être appliqué en  2019 et que cette augmentation sera de 0 à 30 euros nets par mois... Pas de quoi pavoiser ! Pour 2020, seul PPCR et la deuxième tranche de l'indemnité REP+ seront financés. Cela ne suffit pas à rattraper le retard du premier degré. Le SNUipp-FSU a rappelé le déclasssement salarial révélé par de nombreuses comparaisons internationales et l' urgence à répondre par des mesures concrètes pour l'ensemble des personnels : augmentation du point d'indice, revalorisation des grilles, doublement de l'ISAE...

Former les personnels

Un schéma directeur pluriannuel est prévu en matière de formation continue. Pour l'instant, seul un document de travail a été remis. La formation continue ne peut se réduire à un simple accompagnement des réformes. Elle est un enjeu fort, doit bénéficier à l'ensemble des enseignantes et enseignants, dans une optique de conception et d'évolution des pratiques.

Concernant les évaluations nationales, tout en notant des évolutions suite à ses interventions, le SNUipp-FSU a rappelé son opposition à la culture de l'évaluation, aux apprentissages réduits à de la mécanique et la nécessité de s'appuyer sur l'expertise des enseignants. Bien d'autres sujets ont été abordés : la formation initiale, l'inclusion, les mesures pour les élèves hautement perturbateurs, les RASED. Le SNUipp-FSU va rester très actif sur tous ces sujets afin que la professionnalité enseignante soit davantage prise en considération et de permettre à l'école de répondre aux défis qu'elle doit relever.