Les défis de l'éducation dans un Sahel en crise

Mis à jour le 07.05.19

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La coalition éducation, regroupant un ensemble d’organisations françaises défendant le droit à l’éducation, dont le SNUipp-FSU, a présenté les résultats d’une étude intitulée « Relever les défis de l’éducation dans un Sahel en crise ». Une table ronde a permis d'entendre les témoignages d'actrices et d'acteurs de terrain.

Une région et une école en crise 

Le but de l'étude de la coalition éducation a été d'identifier les pratiques considérées comme pertinentes dans le contexte actuel, au sein des cinq pays francophones de la région, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. En effet, les pays du Sahel connaissent des situations de crise multidimensionnelles, institutionnelles, climatiques, sanitaires, nutritionnelles ou relatives à des conflits. L’éducation est devenue partie intégrante de l’action humanitaire mais la mise en place des aides, locales comme extérieures, est complexe et difficile. Une croissance démographique très élevée, de grandes sécheresses, un fort taux de pauvreté et une instabilité politique affaiblissent la qualité des services publics d’éducation. Comme l'a rappelé Carole Coupez, déléguée générale adjointe de Solidarité Laïque et cheffe de file de la coalition éducation, « La reconnaissance d’un pouvoir résiliant de l’éducation implique une nécessité de traiter ce sujet, or, un enfant sur deux vivants dans une zone de conflit a un risque de ne pas être scolarisé. Les parcours éducatifs sont suspendus, compromis quand ils ne sont pas totalement impossibles, sur plusieurs années ». Les conflits viennent fragiliser encore d’avantage le système d’éducation et le personnel : dommages portés aux infrastructures, discrimination accentuée des filles, déplacement de population, écoles converties en secours d’urgence ou base militaire, attaques contre les élèves et les enseignants, attaques sur le trajet de l’école…

Des actions pour atténuer l’impact des crises 

L’enjeu pour les organisations non gouvernementales (ONG) ou celles de la société civile (OSC) est d’éviter un trop grand nombre d’enfants déscolarisés en rétablissant des services éducatifs de proximité.
L’étude montre que les interventions des OSC rencontrées se concentrent sur le niveau primaire, pour 90% d’entre elles, les résultats y étant plus tangibles. Elles travaillent indifféremment sur les secteurs éducatifs formels comme informels tout en cherchant à favoriser le retour au cadre public et en gardant l’objectif de maintenir un continuum éducatif malgré la difficulté de le mettre en œuvre dans le contexte de crise.
Le rapport conclut par plusieurs préconisations dont l’évitement à l’improvisation ou à la réaction de dynamiques de dépendance, le travail multi-sectoriel avec les partenaires locaux, le développement d’une formation des enseignants ou encore l'inclusion des filles. Des pratiques recensées qui semblent porter leur fruit au cœur de cette situation de crise au Sahel, dans l’espoir de favoriser la résilience des individus, des communautés et des systèmes.

"Plus de 2 millions d'enfants privés d'école au Mali"

MOUSTAPHA GUITTEYE, secrétaire général du Syndicat national de l’éducation au Mali (le SNEC), témoigne des difficultés rencontrées au Mali.

Quelle est la situation de l’école au Mali ?
Au Mali, plusieurs types d’écoles cohabitent : des écoles d’État, des écoles communautaires et des écoles coraniques privées, les "madrassas". La crise qui existe depuis 2012 affecte socialement, économiquement et politiquement le pays, il n’y a pas de raison qu’elle ne touche pas l’école. Plus de deux millions d’enfants sont actuellement privés d’école avec 700 écoles fermées, essentiellement au nord et au centre du pays. Soit directement en raison des conflits, suite à des attaques, soit en raison des craintes des familles qui n’envoient plus leurs enfants, suite à des mouvements de population ou encore parce que les enseignants ont migré vers le sud fuyant les menaces reçues. L’école au Mali va donc très mal.

Quelles sont les actions du SNEC ?
Nous avons travaillé à établir un cadre juridique pour les écoles communautaires et à former les enseignants recrutés par la communauté, parfois dans la rue, et qui n’avaient souvent aucune qualification. Nous recensons les enseignants réfugiés. Nous accompagnons ceux qui ont été témoins d’attaques et de crimes djihadistes ou interethniques. Nous proposons également des formations autour des conflits, du travail spécifique auprès des enfants migrants. Mais il faut savoir que 80% des enseignants réfugiés, revenus du nord vers Bamako, sont toujours en état de choc.

Quels sont les défis aujourd’hui ?
Maintenir les écoles ou les rouvrir. Cela reste très complexe puisqu’effectivement l’école ne peut revenir que si le climat est apaisé. Il n’est pas possible de se concentrer, d’apprendre sans les structures sanitaires ou économiques et sans sécurisation militaire. Or, les djihadistes attaquent quand ils veulent, où ils veulent. Ils ne s’attaquent pas aux madrassas. Du coup, là où les écoles publiques ou communautaires ont été fermées, les écoles coraniques restent ouvertes. Les familles, par dépit souvent, y envoient leurs enfants. Les djihadistes ont une volonté de délégitimer les services de l’État. Notre préoccupation est le maintien ou la réouverture des écoles.