"Le P'tit Libé"

Publié le 29.03.18

Un outil d'éducation aux médias

“Il faut jongler entre le regard des adultes et écrire pour les enfants”

Elsa Maudet est rédactrice et co fondatrice du P’tit Libé .

Comment choisissez-vous et traitez-vous l’actualité pour les enfants ? 

Elsa Maudet : Notre ligne éditoriale est d’expliquer aux enfants ce que les médias généralistes et grand public abordent. On fait en fonction des sujets qui font la une. Les enfants ont pour référence BFM et TF1. On part de l’actualité des grands, de ce qu’ils entendent et on essaie de le leur expliquer. On ne crée pas l’actu on la suit. Ce n’est pas simple d’écrire pour les enfants, il faut réussir à faire le tri. On ne va pas leur expliquer toutes les notions, tous les enjeux. Sur la SNCF, on a choisi d’éviter la question du statut de l’entreprise et plutôt de mettre l’accent sur le terme de « cheminots ». On veut les prendre au sérieux et ne pas les infantiliser. On peut parler de tout en faisant des parallèles avec leur quotidien.
Un autre enjeu est que ce sont les adultes qui nous lisent d’abord et qui choisissent de nous donner à lire aux enfants. Il faut jongler entre le regard des adultes et écrire pour les enfants. On ne fait pas un média de « gauche » pour enfant et on doit donner des gages de sérieux aux adultes.

Quel lien avec les écoles et les enseignants entretenez-vous ?

E.M. : On va régulièrement dans des classes et des classes viennent au journal. On se concentre davantage sur les écoles élémentaires. Quand on rencontre les élèves on parle de notre métier et on mène des ateliers sur la « jungle de l’info » ou encore des ateliers de comparaison entre le Libé et le P’tit Libé. On essaye aussi parfois de faire relire les dossiers en amont par des familles ou des classes. Quand ils peuvent, des enseignants le travaillent en classe. Ils nous font des retours sur le niveau de compréhension des élèves et leurs remarques. Le regret de notre toute petite équipe c’est qu’à ce stade on ne peut pas organiser une relation plus régulière. Dans le cadre de la semaine de la presse, près de 7 000 enseignants se sont inscrits au P’tit Libé et on les sollicite pour savoir comment ils s’en servent en classe. On essaye d’évoluer en fonction des besoins des lecteurs.

"Les enfants peuvent apprendre à croiser les sources, à faire une recherche inversée d'images sur Google et à identifier une source fiable". 

Quels sont les enjeux de l’éducation aux médias ?

E.M. : L’étape importante est de comprendre le rôle et le fonctionnement des médias. Il faut être transparent sur notre métier. La question qui revient c’est « où est-ce que vous trouvez l’information ? ». Expliquer d’où viennent nos sources et connaître les étapes de fabrication d’un journal. L’essentiel c’est « De quoi on parle ? C’est quoi un média ? C’est quoi une info ? ». Il faut les aider à comprendre par exemple que Google n’est pas une source en soi. Selon d’où vient l’information et selon la personne, la structure qui écrit, on n’aura pas la même qualité, la même perception et la même fiabilité de l’information. C’est un âge où ils pensent que « puisque c’est écrit, c’est vrai » ou « parce qu’un Youtuber le dit c’est que c’est vrai ». Les enfants peuvent apprendre à croiser les sources, à faire une recherche inversée d’images sur Google et à identifier une source fiable. Ils pourront alors éviter les Fake News et ne pas non plus tomber dans le complotisme. Notre jeu sur « la galaxie de l’information » permet aussi de dire aux enfants que même si le média est fiable et installé, il faut garder son esprit critique. Comprendre que le conditionnel veut dire « peut-être que » et que le résultat d’un jeu-questionnaire en ligne, n’est pas une info fiable.

Vous avez arrêté l’édition papier mensuelle pour un hebdo numérique. Pourquoi ? 

E.M. : On a démarré sur le numérique. Notre équipe était sur le web de Libé et puis on s’est dit que les enfants étaient sur internet et qu’il fallait y aller. Comme ça a bien fonctionné, Libé a souhaité une édition papier mensuelle. Quand on est passé en hebdo sur le numérique, le papier s’est arrêté. Chaque numéro fait l’objet d’une mise en page pdf pour que les enseignants en classe puissent l’utiliser. On aimerait avoir de nouveau du papier car on sait que pour les enfants c’est important. Mais l’aspect économique rend les choses compliquées.

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