“Une approche actionnelle”
Mis à jour le 11.05.26
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Interview de Gilles Morel, conseiller pédagogique départemental langues vivantes étrangères, Nantes

COMMENT ENSEIGNER LES LANGUES VIVANTES ÉTRANGÈRES AU PRIMAIRE ?
Au cycle 1, l’objectif est d’éveiller à la diversité linguistique et culturelle par la découverte de plusieurs langues et nouvelles sonorités à travers des comptines, chants, jeux ou rituels simples. On ne parle pas en langue, mais de la langue. En cycles 2 et 3, on entre dans l’apprentissage d’une langue, mais il est aussi recommandé d’en découvrir ponctuellement d’autres.
Cet enseignement doit être récurrent, sous la forme de trois à quatre séances hebdomadaires, courtes et structurées. Il repose sur une approche actionnelle qui consiste en l’apprentissage de lexique et de structures de phrases que les élèves réinvestissent pour réaliser une tâche finale comme un jeu, un sketch, une chanson. L’apprentissage du lexique est toujours au service de structures grammaticales, pour une utilisation pragmatique et concrète de la langue.
QUELLES DIFFICULTÉS RENCONTRENT LES PE ?
En France, nous avons un problème culturel avec les langues étrangères qui amène beaucoup d’enseignants à penser que la maîtrise de la langue est nécessaire pour la parler ou l’enseigner. Or, tous les bacheliers ont un niveau B1 ou B2 largement suffisant pour enseigner au niveau A1. L’important est de se lancer, même avec des imperfections phonologiques. L’apprentissage d’une langue passe par l’essai et l’erreur.
Une autre difficulté concerne le déficit énorme de formation qui conduit nombre de PE à limiter l’apprentissage d’une langue à des rituels réguliers comme la date, la météo. Enseigner une langue suit une progression qui débute par des activités de compréhension orale, suivies de productions orales en continu, les répétitions, puis en interaction. On ne peut pas passer directement de l’écoute à la production. Les élèves doivent entendre plusieurs fois les structures dans des contextes variés avant de pouvoir les réutiliser. Ignorer cette progression nuit aux apprentissages. La lecture et l’écriture arrivent ensuite, après les phases préalables d’apprentissage à l’oral.
QUELS LEVIERS POUR LES SURMONTER ?
La formation initiale comme continue aide à dédramatiser l’enseignement des langues et transmet une méthodologie favorisant la mise en place de projets simples et concrets en classe. Il est aussi important d’offrir aux enseignants et enseignantes des occasions de pratiquer la langue avec la présence d’assistants de langue en classe, ou des formations à l’étranger de type Erasmus+ par exemple.
On peut aussi s’appuyer sur l’existence de ressources pédagogiques bien conçues qui permettent à la fois de guider les pratiques et de se former. Enfin, l’intégration de la langue étrangère dans d’autres disciplines sur le modèle des dispositifs EMILE* fait vraiment progresser les élèves. Il s’agit simplement de dédier des temps en langue cible, en calcul mental, en EPS ou dans un projet ponctuel de sciences ou d’arts par exemple. L’essentiel est d’oser expérimenter, progressivement, en s’appuyant sur des pratiques simples et régulières.
* Enseignement d’une matière intégrée en langue étrangère