Mieux sécuriser le jeune enfant

Publié le 26.03.18

L'universitaire Pascale Garnier détaille les enjeux de la maternelle

Y a-t-il une spécificité de l'école maternelle française?

Historiquement l’école maternelle française s’est développée de manière très précoce, comme en Belgique, à une époque où dans la majeure partie des pays l’éducation des jeunes enfants restait dans le domaine familial. Elle s’est développée avec une double spécificité. D’une part son intégration à l’édifice de l’école primaire dès le XIXe siècle. D’autre part il y a l’idée, défendue par un corps spécifique d’inspectrices de maternelle, de constituer un espace particulier, propre aux tout-petits. D’où l’importance du corps, de l’hygiène, du jeu, des activités physiques qui sont en tête des programmes jusqu’aux années 1990.

Quelles sont les tensions présentes dans l'école maternelle ?

L’école maternelle a toujours eu pour mission la préparation à l’élémentaire, d’autant qu’elle s‘adressait au départ à des milieux populaires destinés à entrer tôt sur le marché du travail. Puis à partir des années 70, elle est investie politiquement d’une mission de prévention de l’échec scolaire. En même temps disparaît le corps d’inspection pour la maternelle qui revendiquait sa spécificité par rapport à l’élémentaire. La préoccupation initiale du jeune enfant et de sa santé au sens large est devenue marginale au bénéfice des apprentissages langagiers et cognitifs.

L’école permet-elle la sécurisation des jeunes enfants?

En France, il y a des progrès à faire en termes de sécurisation. Tout d’abord dans les effectifs qui sont parmi les plus lourds des pays occidentaux avec plus de 25 enfants par enseignant en moyenne et souvent bien plus. Comment avec ces effectifs assurer les besoins de sécurisation, d’interactions, le travail sur le langage en petits groupes? Dans les pays nordiques, comme en Norvège, il y a trois adultes par groupe de 18 enfants d’âge mélangés. Et ces trois adultes sont les interlocuteurs stables des enfants tout au long de la journée, y compris à table le midi. Alors que le deuxième facteur d’insécurisation pour le jeune enfant, ce sont les discontinuités dans la journée, classe / cantine / périscolaire. Enfin la forme scolaire des apprentissages met en difficulté toute une partie des enfants pas prêts à entrer d’emblée dans les regroupements imposés, les temps d’attente nombreux, les exigences de réflexion sur ce qu’en train d’apprendre. En conséquence, certains n’entrent pas dans ce qui est attendu par les enseignants. Ils sont en résistance ou dans le repli.

Comment mieux favoriser les apprentissages ?

La question essentielle, c’est « qu’est-ce qu’on appelle apprentissage ? » Comme l’a expliqué Vygotski, le jeune enfant jusqu’à 3 ans apprend de façon spontanée, au sens où il suit son propre programme et son propre rythme. Par exemple, il apprend à parler en contact étroit avec son entourage, non pas parce qu’on lui enseigne à parler. Puis à partir de 6 ans il peut commencer à apprend de façon réactive, c’est-à-dire suivre un programme extérieur à lui, celui de l’enseignant. Entre les deux, de 3 et 6 ans se situe la période charnière des apprentissages « spontanés/réactifs ». L’enfant est capable d’apprendre dans la mesure où le programme de l’enseignant devient son propre programme. Nous sommes donc loin de pouvoir planifier à l’avance des objectifs, une progression, des évaluations identiques pour tous. C’est l’une des grandes difficultés de l’école maternelle et cela nécessite une solide formation des professeurs : savoir s’appuyer sur les apprentissages spontanés des enfants, se servir de l’espace classe mais aussi de l’extérieur, prendre en compte les interactions sociales entre enfants.

Quel premier bilan tirer des programmes de 2015 ?

Les intentions des programmes étaient claires, redonner sa spécificité à l’école maternelle, avec un focus sur le langage et les apprentissages numériques, mais aussi une place plus grande au jeu, à l’enfant comme personne en développement déjà riche d’expériences. Mon regret c’est que la charte des programmes prévoyait une évaluation, à partir d’une enquête sur le terrain pour comprendre le travail des enseignants en conditions réelles, mais aussi un regard sur les expériences internationales. À la place, sans prendre ce temps de l’évaluation, on convoque déjà des assises de la maternelle comme s’il fallait tout réinventer. Nous espérions que la charte éviterait de remettre les compteurs à zéro à chaque nouveau gouvernement. Cela ne fait que renforcer le climat d’inquiétude autour de l’éducation des enfants et épuiser les enseignants.

L'ensemble du dossier ici.

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