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Mis à jour le 17.06.19

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Le numérique en éducation : apports pédagogiques mais disparités dans les équipements

À l’heure où le numérique est partout, parfois paré de toutes les vertus, l’état des lieux du taux d’équipement et de la maintenance des matériels dans les écoles n’est pas très reluisant. La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance a récemment publié une étude montrant que la fracture numérique entre écoles n’est pas prête d’être réduite. Les territoires ultramarins sont de loin les plus démunis, mais en métropole, certains départements restent très mal lotis. Cette réalité mérite d’être rappelée d’autant que, comme le souligne Bruno Devauchelle, chargé de mission TICE à l’académie de Poitiers : « dès la naissance, l’environnement techno-socio-culturel dans lequel on se trouve transforme notre relation au monde. Comment ne pas imaginer que cela ne transforme pas à terme les façons d’apprendre ? » Pourtant, l’école ne doit-elle pas donner partout et à tous les mêmes opportunités, les mêmes moyens pour enseigner et pour apprendre ?

Quelle finalité pour le numérique à l’école ?

Si le numérique est malgré tout rentré aujourd’hui dans un grand nombre d’écoles, quelle doit en être sa finalité ? Permet-il à l’école d’améliorer l’efficacité des apprentissages ? Peut-il répondre aux contraintes posées par l’hétérogénéité de la classe ? Peut-il aider à lutter contre le décrochage, contribuer à la réduction des inégalités sociales à l’école ou encore, préparer les élèves à la citoyenneté de demain ? À ces questions, la recherche n’apporte pas de réponses toutes faites. « Le numérique, c’est pour les enseignants et pour les élèves, plus d’opportunités, plus de richesse mais aussi plus de complexité. Nos travaux le montrent au sujet de la littératie numérique scolaire, l’utilisation d’Internet peut favoriser les compétences des lecteurs mais à l’inverse, elle peut renforcer les difficultés notamment si les enseignants ne sont pas assez présents auprès des élèves les plus fragiles », souligne Georges Ferone, formateur à l’ESPÉ de Créteil. « Le numérique est un marqueur social et il est essentiel de passer des pratiques spontanées à une compréhension de ces pratiques. Si on veut lutter contre « l’illectronisme », le rôle de l’école est essentiel », prévient de son côté ­Bruno Devauchelle, comme si le risque était bien réel, que le numérique puisse mettre davantage en difficulté les élèves les plus éloignés de l’école.

“Le numérique est un marqueur social et
il est essentiel de passer des pratiques spontanées à une compréhension de ces pratiques si on veut lutter contre « l’illectronisme »’’

Pour que le numérique prenne toute sa place 

L’enseignant n’est pas seul face à la technologie. Des ressources de plus en plus nombreuses sont disponibles en ligne, des communautés comme la Twictée® ou la classe inversée ne cessent de prendre de l’ampleur. De son côté, l’institution s’est mise au numérique avec l’idée d’apporter de bonnes ressources comme avec Éduscol. Mais concrètement, comment le numérique en vient-il aujourd’hui à faire évoluer la culture enseignante ? Par petites touches d’abord, comme à l’école de Neuil-L’espoir (86) où les élèves passent à tour de rôle et sans rechigner de la tablette au papier-crayon. Ici le projet date de plusieurs années, le dispositif est bien rôdé et c’est grâce à un vrai travail d’équipe que l’outil a fait son chemin. Le développement de groupes d’échanges Facebook permet par ailleurs à des PE de collaborer, de mutualiser leur travail sur des pédagogies communes, ou des outils comme Narramus.
Mais fondamentalement, vers quel développement de nouvelles méthodes d’apprentissages favorisant la réussite scolaire le numérique peut-il conduire l’école ? « Le numérique donne accès aux savoirs, à des ressources illimitées, il favorise la production, il permet des évaluations plus fines des compétences des élèves ; les potentialités sont donc multipliées », se convainc Georges Ferone. Aujourd’hui, les enseignantes et les enseignants en sont réduits à picorer dans des ressources trouvées en ligne ici ou là, et sans formation. Mais des outils plus globaux, plus performants en didactique, en progression, en suivi des attendus des programmes font sans doute encore défaut pour que le numérique prenne enfin toute sa place à l’école.

VARIABLES D’ÉQUIPEMENT
L’équipement numérique des écoles reste inégalitaire sur le territoire. C’est ce que confirme l’édition 2017 de La géographie de l’école réalisée par la DEPP.
Ainsi, pour 29 ordinateurs pour 100 élèves d’école élémentaire publique en Lozère, il n’y en a même pas 1 à Mayotte. Côté rural, les dotations sont diverses, avec 17 ordinateurs pour 100 élèves dans l’Aveyron ou le Gers, 22 dans la Meuse, mais seulement 11 dans l’Ain ou le Loiret. Les départements urbains semblent moins bien dotés que ce soit la Seine-Saint-Denis (6,8), les Bouches-du-Rhône (8,2) ou Paris (8,6). Comme souvent, les départements d’Outremer font particulièrement les frais de l’inégalité avec des dotations comprises entre 0,5 à Mayotte et 8,2 en Martinique. Et l’étude ne dit mot sur les équipements en tableaux numériques, en tablettes ou en qualité de connexion Internet.

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