Cinéma : l’école se projette
Mis à jour le 27.01.26
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L'école offre pour beaucoup d'élèves une première expérience cinéphile.
Deux millions d’élèves bénéficient chaque année de « Ma classe au cinéma ». L’école est souvent leur première expérience au cinéma, elle leur apprend à « lire » le plus populaire des arts.
La sortie au cinéma est de loin la pratique culturelle hors domicile la plus répandue en France avec 60% de la population qui s’y est rendue en 2024 (contre 24% au théâtre, 14% à un spectacle de danse et 11% au cirque). Des disparités de fréquentation persistent toutefois selon l’origine sociale ou selon les territoires. 68% des personnes habitant dans de grands centres urbains fréquentent les cinémas, elles ne sont que 50% dans les zones rurales disposant de moins de salles, parfois éloignées du domicile (lire p. 16).
Pour autant, le caractère populaire du 7e art est avéré, et les œuvres sont aussi accessibles à travers les diffusions à la télévision ou sur les plateformes. On dira qu’il y a film et film, les blockbusters, les comédies populaires, le cinéma d’auteur… Mais il existe aussi les films dit jeune public parmi lesquels se retrouvent aussi bien des films du répertoire que des courts métrages spécialement conçus pour cette tranche d’âge.
UNE PREMIÈRE EXPÉRIENCE CINÉPHILE
Les jeunes de 15 à 24 ans constituent le gros des troupes fréquentant les salles obscures, et nombre d’entre eux, 14%, ont vécu leur première expérience cinémato-graphique à l’occasion d’une sortie scolaire. Ces derniers bénéficient notamment du dispositif « Ma classe au cinéma ». Créée dans les années 1980, cette initiative ministérielle s’est peu à peu développée de la maternelle au lycée touchant environ 2 millions d’élèves par an, soit un sixième d’entre eux. Elle représente le plus important des dispositifs mis en œuvre dans le cadre de l'Éducation artistique et culturelle.
« Ma classe au cinéma » bénéficie de subventions et de l’expertise du Centre national du cinéma (CNC) sans lesquelles ce dispositif ne pourrait survivre. La menace pèse pourtant. Un amendement des parlementaires du Rassemblement National proposant la suppression du CNC a été rejeté à une large majorité, mais de telles velléités pourraient bien se reproduire dans un contexte où les subventions publiques à la culture sont à la baisse. Dans son rapport rendu en mai dernier alors qu’il était Directeur général de l’enseignement scolaire (lire ci-contre), Édouard Geffray proposait au contraire de relancer la machine à travers un train de mesures touchant aussi bien à la formation des enseignant·es qu’à la participation des collectivités territoriales qui figurent au rang des principaux financeurs prenant en charge les transports ou la billetterie.
DES ENJEUX ÉDUCATIFS DE PREMIER ORDRE
C’est que les enjeux éducatifs sont bien réels. Ils concernent la découverte de l’esthétique de créations originales, la maîtrise d’un langage et d’une grammaire cinématographiques propres qui aident à comprendre le monde, à le mettre à distance et à exercer l’esprit critique. Ils répondent aussi à une dimension socio-culturelle, en permettant aux élèves d’apprendre à devenir des spectateurs, « dans un cadre qui conjugue l’expérience collective de la salle de cinéma et l’émotion intime de la découverte de l’œuvre » comme précisé dans le rapport.
Pour les PE, même fans du grand écran, ce n’est pas toujours évident de rentrer dans la démarche. Il y a un déficit de formation et l’absence de mentions explicites sur l’éducation au cinéma dans les programmes ne favorise pas non plus la prise d’initiative des PE qui ont besoin d’accompagnement. Les élèves aussi. Christine Votovic du Festival du film d’éducation organisé par les Ceméa (mouvement d’éducation populaire) à Évreux, estime que « le cinéma est un espace pour réfléchir, partager, rire et rêver ». Mais, souligne-t-elle, « le plus difficile est de trouver l’équilibre pour ne pas tomber dans une leçon qui instrumentaliserait le fi lm tout en allant vers des explications. Il s’agit surtout de construire ensemble les interprétations ».
DES FILMS DE QUALITÉ POUR LES ÉLÈVES
C’est cette approche que suit Rhizlane Aachour de l’école Goubet à Paris. Si la surprise de la découverte est privilégiée, une médiatrice donne tout de même quelques clefs de compréhension avant la projection. Puis tout est réinvesti en classe, pour laisser libre cours aux émotions, partager les interprétations, explorer l’œuvre et susciter le débat. À Orléans, Iris Roy a pris l’initiative de proposer à ses élèves de CE1 de passer de l’autre côté de la caméra en réalisant un court métrage pour lequel ils auront maîtrisé toutes les étapes et les métiers du cinéma ou presque, de l’écriture du scénario et des dialogues au cadrage et à la prise de vue.
Quel que soit le côté de l’écran où on les installe, les élèves ont droit à un cinéma de qualité. « Les enfants ne sont pas des sots, il faut pouvoir répondre à leurs questions tout en tenant compte de leurs particularités », prévient Arnaud Demuynck de la société de production Les films du Nord spécialisée dans la réalisation de courts et moyens métrages pour jeune public. Le cinéma a un rôle social important, il « participe de la démocratie dans le sens où les gens se ressemblent, discutent, font du commun mais aussi parce qu’il porte des valeurs et défend des idées ».