Des sens bien affûtés
Mis à jour le 27.01.26
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Un accompagnement pédagogique construit pour former des spectatrices et spectateurs critiques.
« Mmmm, ça sent bon le pop corn » murmure Djulian en entrant dans le hall du MK2 quai de Seine du 19e parisien… Aller dans une salle de cinéma, c’est aussi une ambiance de voix chuchotées, de lumières tamisées offrant des fauteuils rouges « bien plus confortables qu’à la maison » note Dehlia. Les élèves de CM1-CM2 de l’école Goubet s’apprêtent à voir « Le Peuple loup »*. Rhizlane Aachour, leur enseignante, n’a pas souhaité donner plus d’éléments que l’affiche et la bande annonce : « Même si parfois, sur certains films, on travaille en amont une scène qui risque de générer trop de peurs ou si le film me paraît complexe, j’aime autant que possible laisser les élèves entrer dans l’œuvre par une approche sensible. »
Une médiatrice du cinéma introduit la séance : genre du film, contexte géographique et historique, approche graphique de dessins réalisés à la main, démarche féministe et écologiste des réalisateurs. Les premiers jalons sont posés. Puis le noir et le silence se font. Des chants d’oiseaux, discrets puis crescendo, accueillent les spectatrices et spectateurs avant qu’une musique accompagne les premières images. Et voilà toute la salle plongée au cœur d’une forêt irlandaise.
ÉMOTION ET ANALYSE
103 minutes plus tard, les élèves échangent leurs premiers ressentis, en particulier leurs projections d’enfant à enfant : choqués lorsque le père confine sa fille aux travaux domestiques ou tristes lorsque la fille-loup pleure sa mère mourante… « J’ai aimé lorsque Robyn se transforme en loup » témoigne l’une. « Moi, quand les loups chantaient et que les couleurs devenaient jaunes » complète sa camarade. Ce recueil d’impressions est prolongé en classe par la constitution d’un nuage de mots : triste, sauvage, magie, suspens, amitié…
« Nous avons regardé le même film et pourtant nous avons des souvenirs, des interprétations et appréciations diverses » souligne l’enseignante après un nouveau visionnage de la bande annonce qui devient une « bande rappel » et permet des commentaires libres plus étayés. Pour Nina « C’est la musique qui me rappelle tout, elle fait chaud au cœur ! ». L’observation de l’affiche du film a posteriori lance un débat autour des personnages : les loups du fi lm en sont-ils ? Point de départ également d’une contextualisation historique.
Rhizlane propose alors une lecture-compréhension d’un court texte retraçant la guerre entre l’Irlande et l’Angleterre en 1650, l’invasion armée, la misère de la population… Puis les élèves étudient le schéma narratif à partir d’images du film à légender, l’occasion de commenter les choix artistiques de cadrages ou des couleurs. Enfin, l’enseignante propose la lecture d’une philo-fable « pour tisser des liens entre divers arts, entre la légende celtique des Wolfwakers et la fable du chien et du loup, pour mieux percevoir la notion de liberté très présente dans le film. » Il s’agit ainsi d’aller chercher la symbolique et les problématiques que les réalisateurs ont glissées dans leur film. Une variation orale et écrite pour explorer l’œuvre sous de multiples angles.
* Film de Tomm Moore et Ross Stewart (2020).