L’offensive de Bolloré sur l’édition scolaire
Mis à jour le 07.05.26
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Le milliardaire Vincent Bolloré s’est constitué ces dernières années un empire tentaculaire qu’il utilise pour mener une guerre idéologique au profit des idées d’extrême-droite. La FSU-SNUipp fait le point et s’inquiète particulièrement pour le monde de l’édition scolaire, financé par de l’argent public.
L’édition scolaire : un marché à forts enjeux financiers et idéologiques
Les manuels occupent une place importante dans ce qui est transmis et enseigné aux élèves. Basés sur les programmes du ministère de l’Éducation nationale, ils sont conçus par des équipes plurielles, qui s’appuient sur l’état de la recherche, et sont enfin choisis par les enseignant·es dans le cadre de leur liberté pédagogique, élément central du métier d’enseignant·e.
Une mainmise conservatrice sur les manuels inquiétante
Pour faire ces choix, il faut donc être très vigilant·es, car l’entrisme de Vincent Bolloré dans le monde de l’édition scolaire se fait de manière insidieuse.
Comme le souligne Laurence De Cock, dans le Café pédagogique, il «y a fort à parier que Bolloré ne touchera pas à l’édition scolaire (...). Et ceci pour une seule raison : toute offre de manuel scolaire qui n’appliquerait pas les programmes ou les mettrait ouvertement au service d’une idéologie n’aurait aucune chance de se vendre. L’édition scolaire étant l’un des segments les plus rentables de l’édition, aucun propriétaire de groupe ne prendrait ce risque.»
Néanmoins, il ne s’agit pas pour elle de relativiser l’enjeu, car le choix des documents, des exercices, la mise en page, et l’organisation des manuels sont autant de partis-pris que l’éditeur utilise pour faire passer des messages «dont on connaît parfaitement les effets idéologiques : favoriser le conservatisme et la réaction.»
Un homme aux ambitions idéologiques assumées
Vincent Bolloré, dont la fortune se compte en milliards, a bâti son empire sur l’exploitation des ressources en Afrique de l’Ouest. Ce conservateur traditionaliste assume un projet politique qui s’appuie sur la théorie du choc des civilisations largement utilisée par les idéologues d’extrême-droite. Par sa conquête de tous les espaces médiatiques et informationnels, Vincent Bolloré entend mener une guerre culturelle au service de l’extrême-droite. En quelques années, il a ainsi mis la main sur des médias (Canal +, Cnews, Europe 1…), des titres de presse (Journal du dimanche, Voici, Capital, Femme actuelle, Géo…), et des enseignes de distribution de presse et de livres très répandues, les Relay.
Son offensive idéologique s’étend désormais au marché de l’édition. Le récent renvoi d’Olivier Nora, pdg historique des éditions Grasset illustre la volonté d’avoir la main sur la ligne éditoriale comme cela s’est déjà fait chez Fayard. Un coup de force qui aura surtout permis d’unir des écrivains⋅es aux sensibilités diverses face à “un groupe médiatique et éditorial [qui] ne cache pas ses desseins politiques et mène une guerre culturelle et idéologique au grand jour”. En rachetant au groupe Lagardère les éditions Hachette en 2023, Vincent Bolloré s’est emparé par la même occasion de Hachette éducation, lui permettant ainsi de contrôler une grande partie de l’édition scolaire : Hachette, Hatier, Dunod, Armand Colin, Larousse… et de financer indirectement avec de l’argent public la promotion de l’école privée dans ses différents médias.
Aider les enseignant·es à faire des choix en conscience
La FSU-SNUipp défend le pouvoir de conception des enseignant·es. La dégradation continue des conditions de travail, les charges administratives, la remise en question d'une formation continue choisie et de qualité et les injonctions et pressions institutionnelles sont des freins à des choix éclairés de ressources. L’expertise professionnelle et la liberté pédagogique des enseignant·es sont donc des leviers essentiels pour contrer le retour possible à une vision conservatrice dans les manuels.
Pour la FSU-SNUipp, la conception des manuels scolaires doit rester aux mains d’équipes pluralistes se basant sur les programmes et la recherche pour permettre le choix éclairé des enseignant⋅es. Ils ne doivent pas être les outils d’une quelconque instrumentalisation et financer les ennemis de l’École publique. La FSU-SNUipp soutient la campagne engagée par le collectif “Educ’Nat’ contre Bolloré”.