L’éducation prioritaire au rapport

Mis à jour le 18.11.19

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Le report de la nouvelle carte de l’éducation prioritaire ainsi que le rapport Azéma-Mathiot pour refonder cette politique ont été rendus publics lors de la conférence de presse de Jean-Michel Blanquer le 5 novembre dernier. Des propositions qui remettent en cause la politique nationale actuelle.

Le rapport Azéma-Mathiot Mission territoires et réussite propose de « maintenir et de renforcer l’éducation prioritaire » en laissant la gestion des REP+ sous la tutelle du ministère tandis que celle des REP et des écoles dites « orphelines » seraient confiée aux académies sous la responsabilité du rectorat. Le ministre de l’Éducation nationale annonce par ailleurs le report de la révision de la carte de l’éducation prioritaire à 2021.

La fin d’une politique nationale ?

Le rapport propose une refonte de l’éducation prioritaire, de sortir d’une logique binaire au profit d’une logique différenciée, progressive et actualisable. Décliné en cinq axes et 25 mesures, il préconise la sortie des REP d’une gestion nationale au profit « d’une politique de priorisation académique », le maintien de la carte des REP+ jusqu’en 2022, tandis que des modifications pourraient être apportées dès 2021 pour les REP. Il fait des propositions pour améliorer la gestion des ressources humaines comme la suppression de la prime pour les personnels exerçant en REP au profit d’une prime d’installation qui serait liée à un engagement sur l’occupation des postes. Il propose par ailleurs l’extension des dédoublements aux écoles orphelines des quartiers politiques de la ville (QPV), un appui aux écoles orphelines hors QPV et prône le développement de nouvelles formes de co-construction entre l’état et les collectivités. Le 5 novembre dernier, le ministre a annoncé que toutes les propositions ne seraient pas retenues mais qu’elles seraient un point d’appui pour les concertations interministérielles et les consultations à venir avec les organisations syndicales, les collectivités territoriales et les élus.

Une gestion décentralisée dans les mains du rectorat

Alors que la refondation de l’éducation prioritaire de 2014 misait sur le travail collectif, le changement des pratiques et la formation des enseignantes et enseignants, le ministère n’envisage sa réforme qu’au travers des territoires. Sans concertation ni véritable bilan, sous couvert d’une meilleure prise en compte du rural, des écoles orphelines et « des effets de seuil », la politique actuelle d’éducation prioritaire serait remise cause. Se dessine une « délabellisation », c'est-à-dire une sortie d'écoles des réseaux d'éducation prioritaire qui entraînerait une politique à plusieurs vitesses. Dilués au sein de priorités académiques, les territoires urbains et ruraux seraient mis en concurrence alors que ces territoires demandent des politiques publiques différentes, spécifiques et complémentaires. Les écoles, les élèves et les personnels de ces territoires défavorisés seraient soumis à l’incertitude des moyens supplémentaires générant insécurité et instabilité

D’autres ambitions

Parce que lutter contre la difficulté scolaire et le déterminisme social est l’affaire de toutes et tous, parce que « donner plus à ceux qui ont moins » est indispensable, le SNUipp-FSU revendique une politique d’éducation prioritaire ambitieuse. Non pas en divisant, ni en mettant en concurrence les différents territoires mais en permettant à tous d’avoir des moyens à hauteurs de leurs besoins. Or le rapport prévoit des modifications qui ne répondent pas aux urgences actuelles.

Le SNUipp-FSU demande que le classement des écoles en REP et REP+ se fasse sur des critères objectifs, transparents assurant l'équité dans tout l'Hexagone. Il faut des moyens à la hauteur notamment pour baisser des effectifs sur l'ensemble des classe, le maintien de la prime REP qui ne peut être supprimée au profit d'une prime d'installation. Celle-ci est à discuter mais sans faire passer à la trappe l'existant. Il est également nécessaire d'établir un véritable bilan de l’éducation prioritaire avec l’ensemble des acteurs comme cela était initialement prévu lors de la refondation en 2014, une politique d’éducation prioritaire nationale, une labellisation unique et l’établissement de critères nationaux clairs et équitables partant des écoles.