TEMPS DE L’ENFANT… OU DES « GRANDS » ?
Mis à jour le 27.01.26
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Les temps de l'enfant moins fondés sur ses besoins que sur le fonctionnement de la société
À géométrie variable, la semaine scolaire reste le pivot des temps de l’enfant, moins fondés sur ses besoins que sur des contraintes et évolutions de la société.
Parmi les vingt propositions de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant publiées fin novembre 2025, la réorganisation de la semaine scolaire en cinq jours est celle qui a fait la « une » de la presse, tout en rencontrant un faible écho politique et l’hostilité des syndicats. enseignants. Au risque de perdre de vue la globalité des temps de l’enfant et leur articulation au service de son bien-être, de sa santé, de son développement et de ses apprentissages. Seul un tiers du temps de l’enfant est ainsi consacré au temps scolaire, prolongé par le temps périscolaire avant et après la classe ou pendant la pause méridienne.
Mais il y a une vie en dehors de l’école et en moyenne un quart du temps des enfants se déroule dans des « temps et lieux tiers ». Des pratiques sportives ou artistiques extrascolaires y sont prises en charge par les familles, les collectivités territoriales ou des associations. Enfin 30% du temps annuel est « libre », sans encadrement, seul, en famille ou entre pairs, devant les écrans, ou en vacances…
UNE ENFANCE SOUS PRESSION
Loin d’être marqués par l’insouciance ou conçus pour son épanouissement, les temps de l’enfant résultent davantage de contraintes – organisation de la société, du travail des
adultes… – que des besoins et choix des plus jeunes. Les enfants se plaignent spontanément d’une lourde charge de travail. « Sous pression » et soumis aux normes sociales de productivité et de performance, leur santé physique et mentale se dégrade. Leur temps libre est en recul, de plus en plus consacré aux écrans, source de détente à portée de main au détriment d’autres activités ou d’interactions sociales. Un vécu partagé qui se fragmente sous l’effet d’inégalités sociales ou territoriales d’accès aux loisirs ou aux vacances. Le temps de l’école reste, lui, commun et marqué par une journée davantage étendue et un rythme hebdomadaire et annuel plus déséquilibré que dans les pays de l’OCDE.
TOUJOURS MOINS D’ÉCOLE
Cette spécificité française est issue de multiples revirements en 50 ans. Mais une tendance se dégage : la réduction du temps de classe avec comme corollaire la persistance d’inégalités sociales fortes dans les apprentissages et dans l’accès aux loisirs. Des vacances d’été d’après-guerre, étalées des moissons de juillet aux vendanges de mi-septembre, il ne reste plus que huit semaines. Le samedi à l’école est amputé de l’après-midi dans les années 1960 puis de la matinée sous la pression conjuguée du développement des loisirs familiaux et de l’évolution des structures familiales.
De 30h et 6 matinées après-guerre, la semaine scolaire, stabilisée à 27h après mai 68 puis à 26h en 1989 est désormais réduite à 24h et 4 jours. Ce régime dérogatoire aux cinq matinées réinstallées par la réforme des rythmes de 2013 s’impose depuis 2017 dans 90% des écoles. La brève généralisation du mercredi matin de classe n’a en effet pas résisté au manque de moyens injectés par l’État et à la réticence d’une profession enseignante, déclassée sur le plan salarial et aux conditions de travail dégradées. C’est sans doute pourquoi la proposition de la Convention d’une semaine de cinq journées scolaires ouvertes par un temps d’accueil échelonné - incluant petit déjeuner et café des parents, terminées à 15h30 après une pause méridienne d’une heure trente et des récréations prolongées ainsi que celle de l’alternance « d’apprentissages théoriques » le matin et « pratiques » l’après-midi, prolongés par des activités éducatives et de loisirs, sont prudemment subordonnées à deux conditions de réussite : investir dans l’éducation et en revaloriser les métiers.
“L’école est le grand organisateur des temps de l’enfant”
Interview de SYLVIE OCTOBRE,sociologue

UN TEMPS EXTRASCOLAIRE LIBRE ?
Le jeu conserve une place prépondérante dans leurs pratiques culturelles, mais les enfants ne s’ennuient plus. L’accélération du temps, dont le capitalisme a fait son moteur à des fi ns de rentabilité, change le rapport au temps libre, considéré comme improductif. La nouvelle parentalité a en charge de stimuler l’enfant et de développer en lui les capacités qui lui seront utiles pour être épanoui, pour réussir professionnellement… De fait, certains enfants ont des journées très longues, depuis la garderie du matin jusqu’à celle du soir. Par ailleurs, l’encadrement croissant des temps enfantins répond à une double transformation de la société.
D’abord, avec l’augmentation du taux d’activité des femmes, une partie de l’éducation est déléguée à des tiers auxiliaires. Ensuite, sous l’effet d’une moindre tolérance sociale aux risques, les enfants sont de plus en plus retirés des espaces publics, souvent mal conçus pour eux. Ils sont donc soit encadrés dans des lieux d’activités spécifiques, dont la fréquentation dépend de moyens financiers et organisationnels des familles favorisant un entre-soi social, soit « protégés » dans les espaces domestiques, notamment avec des écrans à disposition.
Le débat social tend à pathologiser les usages populaires des écrans, sans prendre en compte les contenus consommés, ni la réalité des dynamiques familiales – car même dans les catégories supérieures, les écrans servent à avoir « un temps calme » pour faire face à la charge parentale –ni l’occurrence de discussions autour des contenus consommés dans les échanges familiaux.
QUELS LIENS AVEC L’ÉCOLE ?
D’abord, l’école est le grand organisateur des temps de l’enfant : les activités culturelles s’insèrent en complément de l’école, dans les temps non scolaires. L’école française est l’une de celles qui a l’amplitude horaire quotidienne la plus élevée. Ajouter des activités culturelles encadrées contraint un peu plus son temps. Ensuite, la différenciation des pratiques des enfants est très liée au capital culturel des parents, notamment au niveau de diplôme de la mère, et à leur vision de l’enfance.
Dans les milieux populaires, domine l’idée du droit de l’enfant à profiter de sa jeunesse sans les contraintes auxquelles il ne tardera pas à être confronté, tandis que dans d’autres milieux, les agendas des enfants multiplient les activités extra-scolaires, dans une logique d’accumulation de dispositions, scolairement valorisées.