“Regularización extraordinaria”
Mis à jour le 24.06.26
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À contre-courant de pays voisins, l’Espagne régularise massivement.
« Déjà 550 000 demandes de régularisation déposées » affirme Mónica López, directrice générale de la Comisión Española de Ayuda al Refugiado (CEAR). Mi-avril, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a lancé un vaste plan de régularisation d’un demi-million de personnes sans papiers, du jamais vu depuis vingt ans. Ce faisant, il prend le contre-pied des politiques migratoires de la plupart des pays européens même si ce n’est pas son intention première. Le Premier ministre espagnol assume ce choix politique qu’il considère à la fois « pragmatique » et « d’ordre moral ».
Ceci dit, il s’appuie sur une initiative législative populaire pour la régularisation qui a collecté plus de 700 000 signatures, ce qui contraignait de présenter le texte au parlement. Par ailleurs, une récente étude de la fondation Funcas, think tank marqué à gauche du paysage politique, estime à environ 840 000 les personnes en situation d’irrégularité sur le territoire, dont près de la moitié vient d'Amérique latine, et se retrouvent majoritairement en situation de précarité et de vulnérabilité. La vulnérabilité fait partie des critères pour demander la régularisation. Il faut aussi être en Espagne depuis au moins cinq ans et ne pas avoir de casier judiciaire.
L’IMMIGRATION COMME RICHESSE
Si l’Espagne connaît une des plus fortes hausses de son PIB dans l’Union européenne (2,8% contre 1,5% en moyenne en 2025), c’est aussi parce que « l’intégration de la main d’œuvre étrangère est responsable de près de la moitié de cette croissance entre 2022 et 2025 » estime la fondation. Selon une autre étude*, la dernière grande vague qui avait permis de régulariser 600 000 personnes en 2005 a montré que chaque immigré régularisé avait généré en moyenne 4 000 euros par an de recettes supplémentaires au titre des cotisations patronales et 440 euros au titre des recettes fiscales, sans entraîner aucune hausse des dépenses publiques de santé et d’éducation.
Une solution politique qui permet de « maintenir à flots les services publics mais aussi les systèmes de retraite » pour le gouvernement espagnol, qui comme ses voisins, fait face à une baisse de la natalité et un vieillissement de la population. Si en trente ans, la population de ce pays a augmenté de près de 9 millions, 91% s’explique par le solde migratoire positif. Pour Mónica López, cette régularisation est positive. Mais la solution à long terme repose sur « une transformation de la loi sur les étrangers prévoyant la possibilité d’avoir un permis de travail et de résidence évitant de se retrouver en situation irrégulière. »
* “Understanding the effects of granting work permits to undocumented immigrants”, Elias, Monras et Vás-quez-Grenno, 2023