Passer d’une logique de réaction aux drames à une culture de la prévention

Mis à jour le 24.06.26

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Interview d'ANNE-CÉCILE MAILFERT, présidente de la Fondation des femmes sur les violences faites aux enfants

QUE RÉVÈLE LA MORT DE LYANNAH ?

Les dysfonctionnements structurels à tous les étages du traitement des violences sexuelles en France. Ce n’est pas un fait divers, mais le résultat d’un système : des signalements ignorés, une justice lente et sans moyens et une société où les inégalités de pouvoir héritées du patriarcat protègent les agresseurs. L’inceste, la pédocriminalité, le viol... sont des actes de domination favorisés par l’impunité. Ici, l’inaction des institutions a directement protégé l’agresseur, transformant une défaillance en une tragédie d’autant plus insupportable qu’elle aurait pu être évitée. Alors qu’une prise de conscience de l’ampleur de ces crimes et l’importance d’écouter la parole des enfants est réelle, le système les met en danger au lieu de les protéger.

DEUXIÈME RAPPORT, UN DE PLUS ?

Depuis dix ans, on accumule des dizaines de rapports, une multitude de commissions, des États généraux de la justice qui produisent tous, quantité de recommandations. La CIVIISE a même entendu 30 000 enfants. La conclusion, qui aboutit invariablement à la nécessité d’une réforme globale du système, se confronte à un blocage institutionnel et politique. Résultat : rien n’a été mis en place, laissant 160 000 enfants et plus de 100 000 femmes continuer de subir des violences sexuelles chaque année.

QU’APPORTERAIT UNE LOI INTÉGRALE ?

La loi intégrale, inspirée du modèle espagnol, est une approche globale qui vise à traiter le continuum des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants dans son intégralité. Elle comporte des mesures de prévention avec notamment le développement de l’éducation à la vie affective et sexuelle dans les établissements scolaires, la formation des professionnels au contact des enfants, le contrôle des plateformes pédopornographiques en ligne... Mais aussi des préconisations sur le traitement judiciaire des violences avec la création d’une juridiction et des tribunaux spécialisés. Et encore l’institutionnalisation d’entretiens annuels avec les enfants et la réparation par la prise en charge des psycho-traumatismes.
L’enjeu est de passer d’une logique de réaction aux drames à coup de lois ponctuelles à une culture de la prévention, en agissant dans tous les champs de la société – école, travail, santé, police, justice.

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