“Nous protégeons mieux ce que nous connaissons”

Mis à jour le 23.06.26

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Interview de Céline Grancher Samson, docteure en sciences de l’éducation à l’université de Bordeaux sur l'enseignement du vivant.

QUELS SONT LES ENJEUX DE L’ENSEIGNEMENT DU VIVANT ?

À l’heure où nous parlons beaucoup de protection de l’environnement, de maintien de la biodiversité, il y a un enjeu éducatif en termes de connaissances car nous protégeons mieux ce que nous connaissons. Comprendre le monde dans lequel nous vivons, comprendre les mécanismes comme par exemple celui des chaînes alimentaires pour mieux protéger la faune, la flore et l’environnement. Il importe de prendre conscience que si je porte atteinte à une des mailles du système, derrière, toutes les autres mailles en subiront les conséquences. Cette compréhension est nécessaire afin d’être en mesure d’agir au mieux en apprenant à réguler son action. Il y a là un enjeu sociétal d’éveil des consciences et de formation des citoyens de demain. Il y a également un enjeu éthique inhérent au vivant de la place que l’être humain s’est donné parmi le vivant. Celui-ci est souvent placé en haut de la pyramide, une place qui peut être questionnée afin d’interroger notre usage du vivant. Par exemple, est-il légitime de conserver des élevages intensifs d’animaux où le mal-être animal est reconnu et dénoncé ?

QUEL RÔLE JOUE OU DOIT JOUER L’ÉCOLE ?

Les méthodes d’enseignement ont évolué et on est passé de la “leçon de choses” à une démarche d’investigation où les élèves formulent des hypothèses pour répondre à des questionnements partagés. L’école doit mettre en place ces espaces de réfl exion. De plus, l’école accueille des publics de tous horizons avec un rapport au vivant très divers construit ou non dans le cadre familial. Dans les quartiers d’éducation prioritaire ou politique de la ville où les enfants vivent en appartement dans des cités bétonnées, le rapport au vivant sous toutes ses formes est parfois très limité. Le rôle de l’école est de chercher à réduire les inégalités en faisant vivre les mêmes expériences sensibles du vivant. Cela peut se faire en proposant des expériences en classe ou autour de sorties scolaires comme une visite de ferme, occasion d’observer des animaux absents de leur quotidien.

“Le rôle de l’école est de chercher à réduire les inégalités en faisant vivre les mêmes expériences sensibles du vivant.”

COMMENT SE CONSTRUIT CE RAPPORT SENSIBLE AU VIVANT CHEZ LES ENFANTS ?

Cela passe par de vraies rencontres avec plusieurs types d’êtres vivants : élevages d’animaux, activités liées de près ou de loin au jardinage, sorties en forêt, dans le jardin public proche, etc…Ces rencontres sont le terreau de leurs expériences sensibles, point de départ pour aller plus loin dans leurs représentations mais aussi pour construire un rapport au vivant plus distancié. Par exemple, on ne va plus parler du chien de la maison ou du voisin mais on va accéder à une certaine généralisation et parler de l’espèce chien, de ses caractéristiques. Les élèves développent aussi des compétences d’observation et d’attention au vivant lors des activités réalisées dans le milieu naturel.

Le rapport au vivant se développe également en faisant se questionner les élèves, en confrontant leurs représentations et en réalisant des expérimentations ou de la recherche documentaire pour trouver des réponses à un questionnement partagé par la classe. Cela se construit sur un temps long, il importe de commencer dès la maternelle, il peut y avoir des retours en arrière comme dans tout apprentissage ce qui nécessite d’y revenir tout au long de la scolarité pour développer et asseoir les connaissances.

QUELLE PLACE A LE LANGAGE DANS L’ACCULTURATION SCIENTIFIQUE ?

Le langage a une place essentielle, le rapport aux vivants se construit de pair avec les interactions langagières que les enfants mènent entre eux mais aussi avec l’enseignant ou les intervenants. Mettre des mots sur ses représentations, sur ce qui a été vécu, ressenti, acquérir du lexique, puis, aller au-delà de l’observation pour développer la pensée et construire des concepts. L’enseignant a un rôle d’observateur pour recueillir et faire émerger les conceptions des élèves et identifier ce qui est susceptible de résister ou pas. 

Ensuite, il est vigilant aux déplacements qui vont pouvoir s’opérer et dont le langage des élèves porte la trace : la façon dont l’élève nomme le vivant et le caractérise. La dictée à l’adulte, les dessins mais aussi les écrits intermédiaires, de travail ou les traces écrites finales permettent de suivre cette évolution de la pensée des élèves sur le vivant dans les différentes séquences d'apprentissages.

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