Loi Handicap, ça béquille

Mis à jour le 18.03.20

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Quinze ans après la loi de 2005, l’inclusion n’est toujours pas évidente.

Quinze ans après la loi de 2005, la récente Conférence nationale sur le handicap est loin de répondre à toutes les interrogations. à la ville comme à l’école, l’inclusion n’est toujours pas évidente.

Le 11 février dernier, à l’occasion des 15 ans de la loi handicap, le gouvernement a convoqué une Conférence nationale à l’issue de laquelle plusieurs mesures ont été annoncées, allant d’une extension de la prestation de compensation du handicap à l’aide à la parentalité, en passant par un numéro vert, le 360, mis en place pour le soutien aux familles en 2021. Cerise sur le gâteau, d’ici quelques mois les discours programmés du président, du premier ministre et de la porte-parole du gouvernement seront sous-titrés et en langue des signes. Mais le chef de l’État était aussi attendu sur d’autres questions épineuses, à commencer par celle de l’accessibilité. En 2005, dix ans étaient donnés aux élus et administrations pour mettre les bâtiments publics en conformité. Les résultats étant bien timorés, une rallonge de trois ans avait été accordée, mais on est encore loin du compte. Pour marquer ce temps long et ce relatif immobilisme, Patrice Tripoteau, directeur général adjoint de l’Association des paralysés de France (APF), rappelle qu’« en 1975 la loi handicap prônait déjà l’accessibilité des lieux publics pour tous ». Aujourd’hui bonne nouvelle, un millier de jeunes en service civique joueront les « ambassadeurs » de l’accessibilité auprès des commerçants et des responsables d’établissements publics...
« Le véritable problème est qu’aucun dispositif d’accompagnement n’a jamais été mis en place, notamment vis-à-vis des petites collectivités et des petits commerçants qui auraient le plus besoin d’aide », regrette le représentant de l’APF. Résultat, selon une récente enquête de l’Ifop, près des trois quarts des personnes handicapées disent rencontrer de grandes difficultés pour se déplacer.
Un autre dossier requiert toute l’attention de l’association, celui des revenus. L’APF a lancé la campagne Pouvoir vivre dignement #cestlabase, pour obtenir que plus aucune personne handicapée ne vive en dessous du seuil de pauvreté, 1 026 euros par mois, alors qu’elles sont plus de deux millions aujourd’hui dans cette situation. Le président a bien évoqué le principe d’une « allocation digne ». Mais rien de concret pour l’instant.

Et puis, que ce soit en 1975, 2005 ou 2020, la question des accompagnants dans les écoles a toujours été soulevée. Mais obtenir le bénéfice d’un assistant pour son enfant à l’école reste un parcours du combattant. Au moment même où la conférence nationale annonçait 11 500 postes supplémentaires en 2022, une mère de famille grimpait en haut d’une grue à Rouen pour réclamer un AESH pour son enfant. Difficile pour les familles donc, mais difficile aussi pour les équipes enseignantes.
À l’école Les pointes de Thorigny-sur-Marne (77), Marie Riffaut, tout juste sortie de l’Éspé, voulait travailler dans l’ASH. Elle a été bien servie, puisqu’elle est affectée depuis la rentrée sur le dispositif Ulis de l’école. Une Ulis au profil « Difficultés d’apprentissage liées à une déficience intellectuelle » qui compte douze élèves rattachés à leur classe d’âge. « Certains d’entre eux bénéficient de temps d’inclusion dans les classes ordinaires de mes collègues, précise Marie, d’autres sont à plein temps avec moi. » Car de fait, il y a le profil théorique du dispositif et celui des enfants qu’elle accueille, dont certains souffrent de pathologies lourdes et relèveraient plutôt d’une prise en charge en établissement de santé type IME, ITEP ou SESSAD qui disposent de plateaux de soins.

Des équipes enseignantes au charbon

« C’est toute la difficulté, indique Carine Le Corre, la directrice de l’école. La MDPH notifie une prise en charge en établissement mais faute de place, on bascule sur l’Ulis. Il peut y avoir une liste d’attente de trois ans pour un accueil en IME. » Marie est appuyée par une « AVS-CO », 24 heures par semaine et deux AESH à mi-temps en accompagnement individuel de quelques enfants. Il n’y a rien de trop, d’autant que, PIAL oblige, ces personnels doivent aussi donner des heures d’accompagnement pour les élèves en inclusion dans les autres classes où les enseignantes ont reçu bien peu de formation spécifique. Caroline Florent, la maîtresse du CM1 qui accueille des enfants de l’Ulis quatre heures par semaine confirme. « J’ai dû avoir au mieux huit heures de cours dédiés aux élèves à besoins particuliers en deux ans d’Éspé », se souvient-elle. « Alors on n’est pas forcément au top pour apporter toute l’aide pédagogique dont ils auraient besoin. » Et il arrive qu’un enfant pour une raison qu’on ne comprend pas bien « pète un cable », se mette en danger et mette en danger les autres. « C’est très déstabilisant pour tout le monde, reconnait Baptiste Bernardin, le maître du CE1-CE2, et on aurait bien besoin d’être épaulés par des professionnels. » En tout cas, dans cette équipe qui se serre les coudes, et même si c’est parfois difficile, personne ne remet en cause l’inclusion. « On a vraiment le sentiment de servir à quelque chose, les enfants progressent et sont heureux de venir à l’école », sourit Carine. Il faudrait juste plus de personnels d’accompagnement, de la formation pour tout le monde, des effectifs réduits et un réel soutien de l’institution. Enfin, réduire l’écart entre le discours public qui laisse entendre que tout va bien et la réalité du quotidien... « On pourrait faire tellement mieux », regrette Marie.

Loi handicap

AESH, un vrai métier

1001 euros brut par mois, très exactement. C’est ce que perçoit Virginie Doudjedid, AESH à l’école de Thorigny. « Le 1 euro, c’est grâce au supplément pour mes deux gosses », précise-t-elle en riant. Un contrat de 22 heures hebdo, moitié à l’Ulis et le reste dans une autre école. Elle aime son métier et se forme même, sur ses propres deniers, aux différentes pathologies des enfants qu’elle est amenée à accompagner. « Je me sens utile à ces gamins, je les aide à trouver leur place. », dit-elle. Pourtant, elle regrette de ne pas pouvoir être plus présente auprès de tel ou tel qui aurait besoin d’une attention plus régulière. Elle souffre aussi d’un manque de reconnaissance. « Pas de l’équipe enseignante, précise-t-elle, mais de l’institution. » Cette reconnaissance, c’est ce que réclame le SNUipp-FSU en demandant que le travail des AESH, aux côtés des enseignants, soit enfin reconnu comme un vrai métier, avec une vraie formation qualifiante et qu’il soit correctement rémunéré. Un angle mort de la Conférence sur le handicap, alors que ces personnels sont aujourd’hui devenus indispensables à une vraie politique d’inclusion de tous les enfants à l’école.

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