Inceste, ce silence si bruyant

Mis à jour le 05.02.24

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Interview de Nathalie Mathieu ancienne présidente de la Ciivise

Inceste, ce silence si bruyant

« On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seules ». C’est l’engagement de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) porté dans son rapport de novembre 2023. Face à un refus généralisé et obstiné de voir la réalité, le rapport indique un fait social qui dépasse le cadre familial : 160 000 enfants en France sont victimes chaque année de violences sexuelles. Contrairement au fantasme du pédocriminel inconnu, dans 81% des cas, l’agresseur est membre de la famille. Ces violences débutent en moyenne aux huit ans et demi de l’enfant et pour un quart des victimes durent plus de cinq ans. Les mécanismes sont similaires : les agresseurs - des hommes dans 97% des cas - « ont en commun de jouir d’une domination d’âge, d’autorité, de statut et de sexe », précise le rapport. « La complicité passive du groupe qui le soutient (de la famille à la société tout entière) isole l’enfant victime dans un silence si bruyant qui peut durer une vie entière. » Des victimes dévalorisées, culpabilisées face à un climat de peur et une impunité de l'agresseur. Non seulement elles sont peu nombreuses à révéler les faits pendant leur enfance (13%), mais lorsqu’elles le font, près d’une sur deux n’est pas mise en sécurité et ne bénéficie d’aucun soin, alors que sept confident•es sur dix ont cru l’enfant. Au final seuls 3% des viols et agressions sexuelles sur mineurs font l’objet d’une condamnation et seulement 1% en cas d’inceste.
Pour la Ciivise, la protection doit être non négociable. Elle établit 82 préconisations autour du repérage des enfants victimes, du traitement judiciaire et de la réparation (soin et prévention). Depuis, la Commission reconduite par le gouvernement s’est vue imposer un changement de présidence, ce qui fait craindre à une partie des membres démissionnaires un changement de doctrine. La nouvelle feuille de route, permettant une transformation en actes et politiques publiques, reste en attente…

FsC 495 Nathalie Mathieu CIIVISE

Nathalie Mathieu est ancienne co-présidente de la Ciivise

Quelles sont vos attentes à présent ?

La mise en œuvre des 82 préconisations qui forment un tout cohérent, sans hiérarchisation. L’inceste est tellement irreprésentable qu’il entraîne des défenses , mais il faut sortir de la pensée que les enfants ont l’habitude de mentir ou que ce n’est pas si grave, qu’il suffira d’une résilience. Comprendre que c’est massif et que cela concerne tous les milieux. L’idée que les corps des femmes comme des enfants appartiennent au chef de famille persiste. Des politiques publiques sont nécessaires pour éviter de refermer à nouveau les yeux, pour déjouer les mécanismes de silenciation et un déni sociétal.

Quel rôle pour les enseignant.es ? 

Seule une victime sur dix révèle les violences au moment des faits. La parole n’est pas spontanée, il faut donc une attitude pro-active en organisant un repérage par des questionnements réguliers à l’ensemble des enfants. On ne peut pas se cacher derrière une absence de formation, il s’agit d’une volonté d’écouter. Cela peut se faire dans le cadre de l’EAS (Éducation à la vie affective et sexuelle) ou lors de rendez-vous de santé scolaire.

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