Face aux images de guerre
Mis à jour le 24.06.26
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Mettre des mots et parler autour des images violentes
« C’est un leurre d’espérer contrôler l’exposition de son enfant en lui interdisant tout écran, pour le protéger des contenus violents ». Hélène Romano, psychologue, détaille l’impact des images de guerre sur les enfants et comment y faire face dans son livre Les enfants et la guerre*. L’enfant ne vit pas dans une bulle. « Il a une vie scolaire, voit des camarades, entend les adultes, capte des bribes d’informations ou des images quand il est invité chez d’autres », précise-t-elle.
Cette préoccupation face aux images est relativement récente dans la société. À l’ère du numérique, la guerre s’invite directement dans l’intimité des foyers, court-circuitant le temps nécessaire pour décrypter et comprendre, modifiant ainsi le rapport des plus jeunes à la réalité. Si la guerre est bien présente dans les jeux “pour de faux”, ou même les histoires, quand elle est là “pour de vrai”, « le virtuel n’est plus là pour se rassurer ». Selon elle, contrairement aux adultes, les jeunes enfants n’ont pas les ressources cognitives pour contextualiser et traiter ce qu’ils voient.
DE LA SIDÉRATION À LA PRÉVENTION
Face à une image violente, les émotions priment sur le raisonnement, pouvant provoquer de la « sidération, des angoisses, ou encore un vécu d’abandon lorsque les adultes sont eux-mêmes sidérés ou absents psychiquement ». Ces « blessures médiatiques » se traduisent par des symptômes visibles tels que : agitation, troubles du sommeil, peurs inexpliquées ou difficultés d’apprentissage, et « ne se soignent pas avec un médicament ». Les parents et les professionnel·les ont un rôle essentiel « pour repérer ces troubles », mais surtout « pour les prévenir, en éduquant les enfants dès le plus jeune âge, aux images », mettre des mots et parler autour des images, celles qui font peur autant que celles qui font plaisir.
C’est aussi ce que préconise Serge Tisseron, psychiatre, notamment par un « débriefing après visionnage » en insistant sur le fait de ne jamais laisser un enfant seul après des images fortes. Dans un rapport remis en 2018 au Centre national de cinématographie, il propose ainsi plusieurs pistes pour contrer les effets traumatiques de certaines images, comme la nécessité d’évaluer et de marquer les contenus audiovisuels en fonction de l’âge des enfants, y compris les journaux télévisés, d’obliger les chaînes à créer des journaux télévisés spécifiques pour les enfants, ou encore de remplacer les interdictions strictes par des mentions du type “peut perturber un enfant de moins de…” afin de responsabiliser les parents et d’ouvrir le débat familial.
Pour Hélène Romano, il est vital que les adultes établissent au plus tôt un rapport aux images pour qu’un lien de confiance puisse exister entre enfants et adultes, afin que les enfants se sentent libres de s’exprimer. Pour elle, « la liberté de penser, la liberté de parler n’ont pas de prix face à la guerre ».
*Éd. Odile Jacob, 2022