Etienne Douat, sociologue, "On est au bout de la logique d'externalisation."

Publié le 06.09.17

Maître de conférences en sociologie à l'université de Poitiers, Etienne Douat a coordonné une note du Conseil scientifique de la FCPE sur les devoirs et leur rôle dans le renforcement des inégalités.

Tous les enfants sont-ils égaux face aux devoirs à la maison ?

Il y a une inégalité des conditions familiales et sociales des élèves. Faire ses devoirs requiert un logement calme avec un bureau disponible le soir mais aussi un emploi du temps familial calé sur l’emploi du temps scolaire. Les sollicitations du contexte immédiat comme la garde des cadets pour les aînés ou les tâches administratives ou domestiques compliquent l’exercice de concentration. Les devoirs réclament aussi des ressources particulières comme un ordinateur connecté, un rapport particulier des parents au langage et une familiarité avec la culture scolaire. Cette dimension est souvent ignorée par l’institution et l’enfant est seul face au décryptage de ce qui lui est demandé. Le système des devoirs implique un certain style de vie, un emploi du temps et du corps selon une logique planifiée qui est sous-représentée ou absente dans certaines familles, en particulier les plus précaires.

Comment donner des devoirs aux élèves sans en pénaliser certains ?

En allant à rebours de ce processus de délégation aux parents de ce travail d’études et en le réinternalisant dans les murs de l’institution pour ne pas laisser aux aléas des inégalités familiales l’accrochage scolaire des élèves. La massification des années 60 à
90 s’est accompagnée d’une propension à externaliser toute une série de tâches aux familles et aux associations mais le système n’a pas produit la démocratisation scolaire qu’on pouvait espérer, comme le prouvent les nombreuses enquêtes qui rappellent le poids des inégalités scolaires en France. On est au bout de cette logique d’externalisation. 

Quels effets les devoirs peuvent-ils produire sur les familles ? 

Pour les plus éloignées de la culture scolaire, un sentiment de disqualification dans une course scolaire dont ils ont pourtant intériorisé l’importance. Pour les classes populaires la pertinence des ressources mobilisées rend difficile l’interprétation des consignes. Du coup les aides peuvent être décalées, entraînant souvent des malentendus sur ce que apprendre scolairement veut dire et une aggravation de la difficulté. Et pour tous les milieux le rituel des devoirs peut nourrir des conflits intrafamiliaux et les inégalités dans l’univers domestique. Il tend à les déposséder d’un certain type de lien avec leur enfant permettant la construction et
l’expression de ressources « descolaro-centrées ».

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