À L’ÉCOLE DES MOINS DE TROIS ANS

Mis à jour le 27.01.26

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À Sarcelles, les tout-petits apprennent dans une classe adaptée à leur rythme et leurs besoins.

À tout juste deux ans, bonnet sur la tête et « moon boots » aux pieds, Zayneb reprend avec entrain le chemin de l’école après la pause hivernale. Comme une quinzaine d’autres camarades, elle a intégré en septembre la classe de Toute petite section (TPS) à l’école maternelle Pierre et Marie Curie, classée REP, à Sarcelles (Val d’Oise). Dès son arrivée, elle se précipite dans les bras de son enseignante, Cécile Bautier-Richarme, puis c’est au tour de son camarade Malamine d’entrer avec enthousiasme. Un rapide au revoir à «papa” et “maman” et c’est reparti pur une riche matinée de classe.

Si les élèves entrent avec tant de sérénité c’est grâce à la mise en place d’un protocole d’adaptation très lent mais bien rôdé, qui démarre dès l’information de ce dispositif auprès des familles, le plus tôt possible, soit par les services de la mairie, soit par l’école et qui s’étale sur l’année. « La communication avec les familles est essentielle et se fait sur un temps long », affirme Cécile. Cela fait déjà sept ans qu’elle enseigne dans cette classe.

 « Quand les parents ont confiance, qu’ils comprennent les enjeux et les finalités de l’entrée précoce à l’école, les enfants se sentent assez sécurisés pour venir mais surtout revenir, oser agir, interagir et apprendre ». Le travail sur la séparation est fondamental les premières années d’école.

IMPLIQUER LES PARENTS

Après être venus tous les matins de septembre en classe, les parents s’inscrivent désormais à tour de rôles à quelques matinées choisies afin de continuer à participer aux activités menées à l’école. Ce matin, c’est Nejma, la mère de Laïla qui est dans la classe. Elle a rencontré l’enseignante lors d’ateliers « coup de pouce » sur le langage pour sa grande sœur. « Elle m’a dit que je pouvais inscrire Laïla dès septembre alors j’ai tout de suite candidaté. Nous parlons principalement berbère et arabe à la maison, peu le français, donc c’est une bonne chose pour Laïla ». Sa fille a choisi de jouer avec les abaques. « Vert, il est où le vert ? Bravo ! », s’exclame Nejma avant de se tourner vers Saifeddine qui est venu jouer aussi.

« Cela permet aux parents d’observer leur enfant dans un autre contexte avec d’autres enfants, de découvrir les codes de l’école, précise Cécile. Cela leur donne aussi des idées d’activités à refaire ensemble à la maison et permet également aux enfants d’accepter que leurs parents puissent s’occuper d’autres enfants. C’est un premier pas pour l’enfant vers la socialisation et l’autonomie. »

À CHACUNE ET CHACUN SON JEU

Pendant ce temps, Syra a choisi de manipuler la pâte à modeler avec Brigitte, une des deux Atsem. Dans les bras de la maîtresse, Abdul sèche ses larmes. Ses parents lui manquent mais « ils vont revenir », le rassure-t-elle. Dans la bibliothèque, Adam semble raconter une histoire en babillant au personnage qu’il tient dans sa main, livre à l’appui. Ilayna, elle, sort tous les fruits de la cuisine. Pour la maîtresse, anciennement ludothécaire, laisser les enfants cheminer dans leurs activités est important. « Nul ne sait ce qu’ils s’imaginent mais cela a du sens pour eux. Il faut respecter la dynamique du jeu libre indispensable à leur développement sans le casser par des contraintes de regroupement ou encore de rangement ». Cette liberté d’exploration est aussi possible par un taux d’encadrement renforcé. Deux Atsem formées aux spécificités du jeune enfant sont affectées à cette classe, comme dans les autres TPS de cette commune.

"Il faut respecter la dynamique du jeu libre indispensable à leur développement sans le casser par des contraintes de regroupement ou encore de rangement."

BESOIN DE BOUGER

En quelques secondes, Laïla a fi lé dans la salle d’à côté et se balance sur un crocodile. « La porte reste ouverte pour que les élèves puissent circuler librement, indique l’enseignante. Les jeunes enfants ont besoin de bouger et d’explorer ». Elle profite que d’autres camarades les aient rejoints pour les embarquer dans un nouveau jeu avec des cartons colorés de toutes tailles. « On peut pousser les cartons comme Abdoul », commente Cécile pendant que Saifedine « met le carton sur sa tête » et que Yacouba « se cache dans un grand carton ». « Et si on jouait à se cacher tous ensemble ? »

Pour cette enseignante, « il faut se saisir de toutes les occasions pour développer le langage en verbalisant ce que nous faisons, dans les gestes du quotidien autant que dans les jeux ». «Chut ! » leur chuchote Nejma accroupie avec eux quand la maîtresse entre. « Où es-tu Aminata ? Où es-tu Zayneb ? ». Cette dernière sort de sa cachette et éclate de rire en tombant nez à nez avec sa maîtresse.

« La TPS, c’est un peu une classe à part, ni la crèche, ni complètement l’école, affirme Cécile, nous prenons le temps d’expliciter au maximum les objectifs, les activités, les attentes, de nous adapter à chaque famille, à chaque enfant selon leurs besoins ». Ses collègues de Petite section ont d’ailleurs observé les bénéfices au niveau du langage et de la confiance en soi et en l’école pour les enfants et envisagent de s’inspirer de leur protocole d’adaptation. Un contexte favorable à la réussite scolaire rendu aussi possible par des formations spécifiques que Cécile suit chaque année avec les autres enseignant·es de TPS du département, dont certaines sont également suivies par les Atsem du dispositif.

 Interview d’ARIANE RICHARD BOSSEZ, sociologue, maîtresse de conférence, Inspé Aix-Marseille


Ariane Richard-Bossez

QUELS MARQUEURS D’INÉGALITÉS EN MATERNELLE ?

Le langage est le domaine le plus discriminant socialement. La Depp relève un écart de 32 points entre élèves favorisés et défavorisés dès la petite section. Ce décalage repose sur des inégalités socio-économiques et s’explique en partie par les écarts de familiarité aux codes scolaires souvent opaques pour certaines familles. L’âge pèse également. L’écart entre des enfants nés en janvier et en décembre peut atteindre 40 points en mathématiques.


LA SCOLARISATION PRÉCOCE EST-ELLE PERTINENTE POUR LES RÉDUIRE ?

Les recherches confirment des bénéfices réels sur le développement global, notamment les compétences langagières, surtout pour les enfants dont la mère est peu diplômée. Pour être efficace, la TPS doit cibler des zones prioritaires, sans exclure des enfants qui pourraient en avoir besoin ailleurs, et offrir des conditions de scolarisation adaptées aux jeunes enfants.

SUFFIT-ELLE À LES RÉDUIRE ?

C’est un levier important, mais pas suffisant. Les études montrent que les bénéfices tendent à s’estomper avec le temps. La TPS est un élan initial qui nécessite une continuité pédagogique dans les classes ultérieures. Sans pratiques qui prennent en compte la manière dont l’élève appréhende les apprentissages et l’accompagnent vers les attendus scolaires, le déterminisme social fi nit par reprendre le dessus sur les bénéfices d’une scolarité précoce.

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