PsyEN : coordonnateur ou conseiller technique ?

Mis à jour le 31.10.17

L’évolution de la chaîne hiérarchique des PsyEN est un des enjeux forts des élections professionnelles. Pour le SNUipp-FSU, la définition d’une fonction de conseiller technique est lourde de dangers. Explications

Dès le projet de création du nouveau corps, le SNUipp-FSU demandait au ministère la mise en place d’un groupe de travail afin d’envisager l’évolution de la chaîne hiérarchique des psychologues de l’Éducation nationale pour prendre en compte les spécificités des 1er et 2nd degrés et arriver à une structuration cohérente pour les deux spécialités, appartenant maintenant à un corps unique. Cette évolution reste à engager et deux conceptions s’opposent. Certains considèrent la définition d’une fonction de « Conseiller technique » comme la solution au problème de la chaîne fonctionnelle et hiérarchique dans le nouveau corps. Or, pensée sur le modèle des personnels médicaux- sociaux, cette option présente pour le SNUipp un réel danger de « para- médicalisation » des psychologues et de la psychologie avec un éloignement des dispositifs d’aide psychopédagogique que représentent les RASED. Avec le risque de transformer cette fonction en prescription de « bonnes pratiques », en relais de l’administration et, à terme, d’évaluation des personnels, à l’image des conseillers techniques médecins et assistantes sociales. Avec le risque aussi, sans création de postes, d’affaiblir la couverture sur le terrain et d'augmenter la taille des secteurs pour compenser la création d'un échelon intermédiaire.

Nécessaire coordination

Afin de répondre aux besoins d’accompagnement professionnel des psychologues, le SNUipp-FSU est de son côté favorable à une fonction de coordination au niveau départemental, exercée par un ou plusieurs psychologues selon la taille du département, à temps partiel, et avec une fiche de poste discutée au sein des instances paritaires. Ce « coordonnateur » organiserait des échanges professionnels, le recensement des besoins en formation continue, la réflexion, l’aide à la mise en place de cellules de crise. Autant de missions qui préservent l’autonomie des psychologues de terrain dans le choix des méthodes et des outils, sans rôle d’évaluation. Des postes de coordination qui nécessitent, pour le syndicat, la création de postes de remplaçants pour ne pas alourdir la charge de travail des personnels sur le terrain. Par ailleurs, le SNUipp est favorable à une évolution de la chaîne hiérarchique, actuellement constituée par l’IEN de circonscription, en lien avec l'IA adjoint du DASEN, et qui ne suffit pas à prendre en compte l’expertise professionnelle des psychologues.

A n’en pas douter, les résultats des élections professionnelles pèseront dans les discussions à venir avec le ministère sur ce sujet. En attendant, l’IEN de circonscription reste l’évaluateur au titre du pilotage des RASED. Il réalisera les rendez-vous de carrière sur la base d’une grille à compléter et ce, en lien avec l’IEN-ASH adjoint du DASEN. Le suivi administratif, les plans de formation continue relèveront dorénavant du niveau académique. Les délégués du personnel, en tant que représentants des psychologues, siégeront dans les instances où seront présentés les plans de formation continue.

Trois questions à Paul Devin, secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU)

Paul Devin 2

L’évaluation des PsyEN-EDA continue à être exercée par l’IEN de circonscription, en lien avec l’IEN adjoint du DASEN. Quel peut être son champ d’intervention en tant que non psychologue ?

Il ne serait ni raisonnable, ni légitime qu’un inspecteur se mêle de ce qui relève de la compétence professionnelle spécifique du psychologue de l’Éducation nationale. Mais, il ne serait pas plus raisonnable et légitime, qu’au nom de cette compétence, le psychologue refuse que soient évaluées les actions relevant de ses missions. C’est dans le cadre du pilotage du RASED et non dans celui d’un contrôle « technique » des actes professionnels du psychologue que doit se situer le champ d’intervention de l’inspecteur avec pour finalité la définition concertée d’une politique d’actions pour réduire la difficulté scolaire. Le SNPI-FSU défend une mise en œuvre de la réforme de l’évaluation dans la concertation et l’échange.

Quels doivent être les principes et les écueils à éviter pour préserver une autonomie professionnelle sur le terrain, à distance d’une imposition de « bonnes » pratiques ou d’imposition de procédures ?

Si nous voulons que l’évaluation participe à une plus grande réussite de tous les élèves, il faut renoncer à la modélisation qui est incapable d’améliorer les pratiques professionnelles. La nature complexe des actions professionnelles doit conduire l’inspecteur à renoncer à l’imposition de procédures : accompagner c’est analyser, observer, questionner et certainement pas modéliser.

La question de l’organisation du nouveau corps des PsyEN se pose. Certains souhaitent la mise en place d’un conseiller technique, à l’image de la filière médico-sociale. Que pourrait signifier ce type de modèle pour le travail du psychologue dans l’école ?

Nous constatons très régulièrement que la création de hiérarchies intermédiaires renforce les volontés de modélisation des actions professionnelles d’autant que l’éloignement du terrain rend moins conscient des réalités quotidiennes du travail. Le conseiller technique que l’on perçoit comme un relais de la profession auprès de l’administration, peut très vite devenir un prescripteur exigeant des demandes du DASEN et du Recteur. Et le fait qu’il soit psychologue ne garantit rien dans un tel contexte !