P. Rayou “Le potentiel pour s’adapter”

Mis à jour le 18.03.20

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Entre reproduction et réduction des inégalités, la capacité de l’école à s’adapter.

Patrick Rayou

Patrick Rayou est sociologue, professeur émérite en sciences de l’éducation.
Il a coordonné l’ouvrage collectif "L’origine sociale des élèves". Retz, Coll Mythes et réalités.

Entre l’école toute puissante face aux inégalités sociales et l’école totalement démunie, vous semblez balancer. Pourquoi ?

On peut soutenir l’une ou l’autre proposition avec aussi peu d’arguments fondés dans un cas comme dans l’autre. L’idée que l’école serait toute puissante est démentie chaque jour par la plupart des études montrant que l’école française est une de celles qui rajoutent le plus aux inégalités. Et dire qu’elle est démunie, c’est un peu la même chose à l’envers : on voit bien qu’il y a des écoles, des classes, dans lesquelles, à public comparable, les résultats sont différents. On peut donc imaginer que quelque chose se passe, qui fait que, dans la pédagogie de tous les jours, des différences peuvent être produites par les maîtres, mais aussi par les programmes.

Le mérite, socle de l’école républicaine, permettrait en soi de remplir la promesse d’égalité ?

Le mérite part de l’idée qu’il suffirait que les élèves, affranchis des déterminants sociaux, s’engagent dans la tâche pour être récompensés à la mesure de leur investissement. Mais on voit bien que des élèves travaillent beaucoup et de manière très inefficace, et que d’autre travaillent peu et réussissent. Ce qui met un peu de trouble dans cette affaire de mérite et montre qu’intervient autre chose que le travail consenti. Le fait notamment que des élèves ont intériorisé des manières de faire et de traiter le monde plus ou moins en phase avec ce que l’école attend et qui sont acquises dans le milieu familial. Cette méritocratie est largement un leurre. Un leurre puissant qui masque par exemple qu’aujourd’hui la probabilité pour les enfants des milieux populaires d’accéder aux classes prépa et aux grandes écoles est plus faible que dans les années 50.

                      “Il y a différentes manières d’apprêter les savoirs, de les rendre plus ou moins accessibles.”

A contrario, vous contestez l’idée que l’école serait complètement impuissante.

On pourrait penser, dans le sillage des travaux de Bourdieu interprétés de façon un peu mécanique, que des élèves arrivent en classe tellement porteurs de déterminations sociales, que l’école serait impuissante à les endiguer. Or, les savoirs sont des constructions historiques et sociales et il y a différentes manières de les apprêter, de les rendre plus ou moins accessibles. Il y a une responsabilité des enseignants en termes de médiation. Celle-ci suppose des diagnostics et la mise en œuvre de ce qu’il faut faire pour tel type d’élève et qui n’est pas forcément la même chose que pour les autres. C’est à la fois la difficulté et la grandeur du métier, une activité intellectuelle tout à fait excitante.

Alors que peuvent l’école et les enseignants ?

L’école a le potentiel pour s’adapter si l’on pense, avec Vygotski, qu’il y a des « zones de développement » pour les élèves. Il faut partir de là où ils en sont, sans s’imaginer qu’ils sont d’emblée des sujets universels, en se demandant pourquoi ça marche quand ça marche. Les recherches collaboratives qui se développent ici ou là entre praticiens et chercheurs sont prometteuses. Tout comme les collectifs professionnels, où les enseignants entre eux, en équipe, se livrent à ce type d’analyse. Il est important que les enseignants explicitent ce qu’ils font et comment ils le font, mais il faut examiner aussi la façon dont les élèves font ou ne font pas. Avec le Plus de maîtres par exemple, où un enseignant peut se détacher, passer dans les groupes, on voit que beaucoup de malentendus sur les apprentissages sont levés.

Et du côté de la recherche ?

Ce qui est nouveau dans la recherche aujourd’hui est sans doute qu’on s’intéresse davantage à la réception par les élèves de ce qu’on leur transmet. On essaie de prendre davantage en compte le point de vue des acteurs, c’est une façon de sortir du mythe selon lequel il suffirait d’exposer les élèves aux savoirs pour qu’ils apprennent.

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