Formation continue, quand?

Publié le 15.06.18

La FC des enseignants ne peut pas se réduire aux 18 heures d'animations pédagogiques

Les 18 heures d'animations pédagogiques ne peuvent tenir lieu à elles seules de formation continue. Cette dernière, exsangue, ne répond plus aux questions de métier qui se posent. Dans une école en constante évolution, enseignantes et enseignants ont besoin de suivi, d’accompagnement, des apports de la recherche et de mise à jour de leurs connaissances.

Formation ®Millerand

L’inspection générale aurait voulu mettre son ministre en difficulté, qu’elle ne s’y serait pas pris autrement. Elle vient juste de publier un rapport rédigé il y a un an et laissé depuis sous le tapis. Son évaluation de la politique publique sur la formation continue des professeurs du premier degré dresse un état des lieux alarmant. Insuffisance des moyens de remplacement, conçue pour piloter pas
pour aider les PE, contenus des formations pour les maîtres formateurs non identifiés, apport de la recherche invisible… Le constat est accablant. L’IGEN souligne avec force que les 18 heures d’animation pédagogique ne peuvent à elles seules tenir lieu de formation continue. Or, c’est bien ce que semble penser le ministre. En mars dernier la missive du Directeur général de l’enseignement scolaire adressée aux rectrices, recteurs, DASEN et IEN, intitulée « La formation continue des professeurs des écoles dans le cadre des 18 heures d’animation pédagogique à la rentrée 2018 », préconise au cycle 2, neuf heures consacrées à la lecture et à l’écriture et neuf heures aux mathématiques. Au cycle 3, le temps est partagé entre la maîtrise de la langue et la poursuite du plan mathématiques.
En s’en tenant aux 18 heures le ministère ne dit rien de l’état exsangue dans lequel se trouve la formation continue aujourd’hui, ni de ses intentions pour la relancer. Or, en dix ans, le nombre de journées stagiaires a diminué de 53 %.

Deux journées par an en moyenne

En moyenne, chaque PE bénéficie de deux journées de formation par an. Mais si l’on considère les directrices et directeurs nouvellement nommés, les enseignants en éducation prioritaire ou ceux qui préparent le CAPPEI, qui bénéficient tous de semaines obligatoires de formation, autant dire que pour une grande majorité de PE c’est nada, rien !

Comme nombre de métiers, celui d’enseignant s’exerce dans un contexte en permanente évolution. Evolution des publics avec le creusement des inégalités et l’inclusion scolaire, des prescriptions et des programmes, des contenus d’enseignement, des savoirs, des apports de la recherche… Pourquoi ce qui vaut pour les professions médicales, sociales ou liées à la justice, ne concernerait pas l’école ? Le bagage acquis lors de la formation initiale peut-il être suffisant pour enseigner tout au long d’une carrière ?

Dans les fait, les plans départementaux de formation ont quasiment disparu. Quand ils subsistent, leur mise en oeuvre se heurte souvent au problème des remplacements. De son côté, l’OCDE estime que « la formation professionnelle continue a autant d’importance, si ce n’est plus parfois, que la formation initiale dans le succès d’un système d’éducation ». La Cour des comptes, elle,
pointe la faiblesse de la formation continue des enseignants en France. Pour le SNUipp-FSU, qui porte le projet d’une transformation de l’école qui soit celle de la réussite de tous les élèves, l’accompagnement, le suivi, la mise à jour, le transfert des apports de la recherche sont fondamentaux. Car plus que de méthodes imposées d’en haut, c’est de partir de l’exercice de leur métier qu’ont besoin les enseignants pour garder la main. « Pour penser une formation, je tente d’identifier un problème de métier et d’organiser le travail autour de différentes préoccupations », explique Anne Christyn De Ribecourt, conseillère pédagogique. Les expériences allant dans ce sens ne sont pas nombreuses et résultent d’un fort engagement des équipes et des institutions locales. 

À Aurillac dans le Cantal rural, « on utilise le réseau numérique pour proposer des séances conduites par les enseignants suivies de débats interprétatifs en autonomie avec l’idée de rompre l’isolement des élèves comme des profs d’école », explique la formatrice Anne Sardier. À Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne, c’est une formation inter degrés qui a été mise en place avec observation des pratiques entre enseignants de maternelle, d’élémentaire et de collège. « C’est le travail de la formation que de confronter le réel au prescrit, de problématiser ce qui est demandé de faire, pour aider à comprendre les gains et pertes de tel ou tel
choix pédagogique ou didactique, grâce aux connaissances que les recherches peuvent apporter aux enseignants. Mais cela demande de l’humilité et beaucoup de savoirs » ajoute de son côté Patrick Picard, de l’Ifé. Alors, la formation continue, on recommence quand ?

Le dossier complet

N°447 ~ juin 2018

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