Le bâti scolaire à l’épreuve de la crise climatique.
Mis à jour le 11.02.26
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Avec 8 écoles sur 10 construites entre 1950 et 1975 et 1 sur 10 en état de vétusté, l’école doit s’adapter au réchauffement climatique. Un 4 pages spécial avec l'Interview de Cyril Dion
Cyril Dion, auteur et réalisateur
QUELS SONT LES ENJEUX ÉCOLOGIQUES DU BÂTI SCOLAIRE ?
De manière générale, consommer le moins d’énergie possible, voire en produire de manière renouvelable. Et donc isoler le plus possible, notamment en végétalisant l’école mais aussi ses environs, pour rendre les étés supportables et échapper à des températures empêchant les élèves de se concentrer. Pour diminuer la pression sur la ressource en eau, récupérer la pluie pour des usages non alimentaires. Et puis donner
aux bâtiments scolaires une fonction démocratique. (...) La crise écologique est liée à une profonde crise démocratique. Dans un monde où se parler, s’entendre, parvenir à une interprétation commune du réel devient de plus en plus difficile, il faut des bâtiments qui, dès l’enfance, permettent le brassage, la rencontre, le dialogue, la coopération.
COMMENT ADAPTER L’ÉCOLE À LA CRISE CLIMATIQUE ?
Éco-construire des écoles et penser le tissu urbain autour suppose une volonté politique des collectivités locales et de l’Éducation nationale. Le mouvement architectural de « frugalité heureuse » propose des constructions avec des matériaux locaux, biodégradables et durables, réduisant la consommation de matériaux et d’énergie.
Il faut aussi que les écoles soient accessibles à pied,
à vélo, en transports en commun pour éviter les émissions de gaz à effets de serre des voitures. Les cantines scolaires sont aussi un levier puissant de transformation d’une agriculture co-responsable du réchauffement.
La commande publique de repas est une aide à l’installation et la conversion de paysans bio et locaux. Au regard de l’effet cocktail délétère des pesticides, l’alimentation bio est un enjeu sanitaire majeur pour nos enfants. (...)
QUI DOIT PORTER CES TRANSFORMATIONS ?
Avant d’entrer dans un processus d’institutionnalisation, des initiatives pionnières doivent se multiplier. (...) Espérons que des démarches militantes qui permettent aux élèves d’évoluer au milieu du vivant, de s’ouvrir au monde autrement que par l’abstraction deviennent un véritable phénomène culturel qui bouscule l’Éducation nationale. C’est ce que font les enseignant·es qui devancent les programmes. Ces initiatives sont soutenues par des productions culturelles qui les valorisent et participent à leur diffusion. Aujourd’hui, l’école correspond à un récit du passé, celui du progrès technologique qui prépare les élèves à s’adapter à
une société du passé. Dans sa structuration physique, son insertion territoriale, le partage avec les autres espèces vivantes, une autre façon d’enseigner, une école d’avenir doit proposer le récit d’une sobriété adaptée aux transformations climatiques et écologiques.
Extraits de l'entretien publié dans Fenêtres sur Cours n° 501, novembre 2024