Dossier "Apprendre et prendre la parole au cycle 3"
L’oral, ça s’enseigne
8 mai 2017

Si les enseignants sont convaincus de l’importance de l’oral tout au long de la scolarité, ils ne sont pas toujours outillés pour l’enseigner efficacement aux élèves, faute d’une formation didactique et pédagogique suffisante.

Même si l’école a tendance à mettre l’accent sur l’enseignement de l’écrit, l’oral est très présent dans les classes, très présent aussi dans les programmes de la maternelle au collège et ceci avant même les nouvelles prescriptions de 2015. Il reste pourtant peu analysé dans sa spécificité propre, comme dans la spécificité des productions des élèves. Contrairement aux enseignants de maternelle qui accordent depuis longtemps une place importante aux séquences de langage, ceux de l’élémentaire ont du mal à se saisir de la question de l’apprentissage de l’oral dans leur pratique quotidienne.

Outiller les enseignants

Pourquoi ces difficultés récurrentes à enseigner cette « macro-compétence » comme la nomme Viviane Bouysse et à mettre en place des situations d’oral susceptibles de faire progresser les élèves ? Sylvie Plane, conceptrice des programmes, évoque un certain nombre de contraintes matérielles : le nombre d’élèves, le temps d’organisation à prélever sur d’autres enseignements mais aussi les réticences à amener certains élèves à trop s’exposer et à se retrouver en insécurité.

D’autres obstacles sont à chercher du côté de la didactique : enseigner l’oral, c’est aussi enseigner des normes, lesquelles ? Mesurer des progrès : comment ? Sans oublier que les pratiques orales sont des pratiques partagées et mettent en jeu décentration, capacité de coopération linguistique, reformulations, négociations sur le sens... Pour tous ces apprentissages, quels critères de réalisation ? Quels outils de guidage ? Beaucoup de points d’interrogation comme autant de freins à une pratique pourtant centrale dans la lutte contre les inégalités.

Pour Élisabeth Bautier, la formation initiale et continue doit se mettre à la hauteur des attendus des programmes en diffusant mieux les travaux de recherche et en outillant les enseignants. En fournissant des descriptions pour qu’ils puissent se saisir des productions des élèves, en les aidant à élaborer des situations d’oral permettant aux élèves d’apprendre des usages et leurs formes qu’ils ne possèdent pas.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- L’oral, ça s’enseigne
- « A l’école : un langage spécifique » - 3 questions à Élisabeth Bautier, sociolinguiste, chercheure en sciences de l’éducation
- Tirepied (50) – Évoluer, évaluer tout au long de l’année
- Revin (08) – Exposer pour s’exposer
- « Il n’y a pas de petits parleurs dans l’absolu » - Entretien avec Michel Grandaty, professeur des universités en sciences du langage (Espé Midi Pyrénées)