Dossier "Pour que les RASED retissent leur toile"
« L’intermétier, un espace professionnel commun »
19 juin 2016

3 questions à Corinne Mérini, enseignante-chercheure en sciences de l’éducation (Acté, Université de Clermont-Ferrand)

Quelles tensions avez-vous observées entre le travail des enseignants et celui des enseignants spécialisés ?

Les dilemmes rencontrés ne sont pas les mêmes pour chacun des deux métiers. Face à un élève en difficulté ou à besoins particuliers, le maître de la classe va se demander s’il doit ralentir ou bien faire le programme, s’il doit aider cet élève ou gérer le collectif, s’il doit faire apprendre ou préserver la paix sociale. Le maître spécialisé va lui se demander s’il doit travailler en continuité ou en rupture avec la classe, si son aide doit être directe auprès de l’élève ou indirecte en passant par des médiations avec la famille et l’enseignant, s’il doit favoriser plutôt une approche ludique ou rester dans une logique d’apprentissage conforme à celle de la classe. Quand il y a travail en commun et échanges entre les métiers, ces dilemmes se rencontrent et cela crée des tensions qui s’expriment surtout autour de la question de la gestion du temps.

C’est là que se pose la question d’intermétier ?

Quand un enseignant dit « je n’ai pas le temps », cela traduit le fait qu’il est confronté à une réorganisation de ses pratiques et qu’il a à modifier son rapport au temps. Cela le fait glisser vers un espace intermétier, un espace professionnel commun qui s’organise par un travail en réseau. Le travail collectif prend alors forme au travers de trois registres : celui des situations formelles comme les réunions institutionnelles (ESS, conseils) ; celui des échanges informels, entre deux portes, qui jouent leur rôle car se disent ici des choses qui ne se disent sinon jamais ; enfin un registre « formalisé » où les différents partenaires construisent des pratiques communes en créant de nouveaux temps de rencontre et d’échanges d’informations.

Comment favoriser ce travail collectif autour de l’aide aux élèves ?

Le travail en réseau demande une certaine horizontalité, loin des rapports hiérarchiques verticaux et descendants auxquels on est plus habitué. Il est souvent transparent et invisible.
Il a besoin d’être reconnu comme partie intégrante du métier et cela passe par la formation, notamment des formations conjointes, et le développement des gestes professionnels du travail collectif.

« Le travail collectif outil d’une école inclusive », C. Mérini et S. Thomazet, Questions vives, n° 21 (2014)


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- RASED - Pour les enseignants ou pour les élèves ?
- « L’intermétier, un espace professionnel commun », 3 questions à Corinne Mérini, enseignante-chercheure en sciences de l’éducation (Acté, Université de Clermont-Ferrand)
- École des Provençaux à Reims - Une équipe augmentée
- Dispositif d’aide à Paris - R’école ou l’urgence de la médiation
- « Une approche plus systémique de la notion de difficulté scolaire » - Entretien avec Philippe Mazereau, enseignant chercheur