Dossier " Enseignement explicite, une clé pour la réussite de tous"
« Faire en sorte que les enfants des milieux défavorisés ne soient pas encore plus défavorisés par les gestes des enseignants »
27 janvier 2017

3 questions à Patrick Rayou, professeur émérite en sciences de l’éducation – Université Paris VIII

On en parle depuis 20 ans, pourquoi cela ne diffuse pas ?

Nous savons au moins depuis Bourdieu que les enfants qui réussissent à l’école sont ceux qui sont le plus connivents avec elle. On a donc, en formation, insisté sur l’importance d’expliciter les consignes de travail.
Malheureusement cela ne suffit pas toujours et la question demeure de savoir pourquoi les élèves peuvent continuer à interpréter faussement. Ils peuvent ne pas comprendre les finalités mêmes de l’école ou les enjeux de savoir des séances. Et là, les enseignants peuvent expliciter. Mais le plus difficile, c’est ce qui demeure caché tant aux enseignants qu’aux élèves : les raisons profondes des difficultés pour des élèves non connivents d’entrer dans la particularité des apprentissages scolaires.

En quoi cela change les pratiques des enseignants ?

Maintenant la nécessité de prendre en compte les outils et méthodes pour apprendre est inscrite dans la loi. Mais ce n’est pas si facile de le mettre en œuvre. Ne pas expliciter condamne à rester en marge des savoirs, trop expliciter tue les difficultés et l’apprentissage... La réponse se situe sans doute dans les étayages à apporter au moment où les enfants travaillent et où on peut prendre directement conscience de ce qui fait malentendu et obstacle. Il faudrait aussi essayer d’expliciter a priori en anticipant les difficultés que certains élèves vont rencontrer face à la tâche proposée.
Certains confondent par exemple les habillages qui donnent sens à un exercice et le but de l’exercice lui- même. Cela suppose sans doute un enseignement plus collectif où l’on croise les informations. Mais aussi de travailler sur la durée, avec les élèves, et d’entrer dans un vrai travail de cycles.

Est-ce la recette miracle ?

Il n’y a pas de recette miracle. Il faut faire en sorte que les enfants des milieux défavorisés ne soient pas encore plus défavorisés par les gestes des enseignants. Ceux-ci doivent s’expliciter à eux-mêmes et collectivement les difficultés en partant du travail en train de se faire, en classe si possible car donner aux élèves des méthodologies « hors sol » est généralement stérile.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Outiller tous les élèves, dès la maternelle !
- « Faire en sorte que les enfants des milieux défavorisés ne soient pas encore plus défavorisés par les gestes des enseignants » - 3 questions à Patrick Rayou, professeur émérite en sciences de l’éducation, Université Paris VIII
- École Jules Ferry à Sens – Un travail qui dépasse la mesure
- École Lesseps à Paris – Aide-moi à faire seul
- « Redonner aux enseignants le pouvoir d’enseigner » - Entretien avec Sylvie Cèbe, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, membre du laboratoire ACTé