YONNE : Une scolarisation ordinaire
3 octobre 2011

A quelles conditions la scolarisation des élèves handicapés peut-elle « bien se passer » ? Sans manichéisme, une enseignante d’Auxerre raconte sa volonté de garder chaque jour le groupe classe au complet, avec l’aide indispensable et efficace de l’enseignant-référent de son secteur.

Anne Mercuzot est directrice depuis sept ans à l’école élémentaire Brazza d’Auxerre (Yonne). Cette année, Anne a deux élèves en situation de handicap dans sa classe de 24 CE2/CM1, car « ils sont du secteur et pour moi, ils font partie de la normalité du monde » assure-t-elle. L’un a des problèmes psychomoteurs et neurologiques, l’autre est reconnu dyspraxique.

Pour organiser les apprentissages, Anne a un but précis : garder le cadre collectif de sa classe, ce qui veut dire « que personne ne sorte de la classe, sauf pour les séances de kiné ». L’objectif n’est pas facile à réaliser : « Mon problème, c’est de jongler en permanence entre les emplois du temps scolaires des ergothérapeutes (chaque élève en a une), de la maîtresse qui vient du CMPP, celle du SESSAD, le maître E du RASED et des 12 heures de l’AVSi ». Anne a donc calé chaque intervention des spécialistes sur les domaines où l’élève a le plus besoin d’aide : math, lecture, dictée à l’adulte, aide à la prise de note, apprentissage du clavier d’ordinateur...

Restent à mettre en place des petits groupes qui permettront d’individualiser dans les moments d’aide. Mais elle reconnaît « un manque de temps pour les aider, pour cibler telle ou telle difficulté, pour être vers eux. » Et pourtant « ils en veulent ! Ils font d’énormes efforts pour faire ce que je leur demande ! ». Anne aussi fait des efforts : « J’adapte les règles de la classe pour eux deux. Ils peuvent se déplacer mais ça perturbe les autres ! Et avec les allées et venues des spécialistes dans la classe, leur attention est vite dispersée ! Le soir, je suis épuisée, avec la sensation de ne pas en faire assez... » Et d’ajouter avec un petit sourire : « Ce qui serait bien, c’est qu’on soit deux enseignants en permanence dans la classe ! »

Un enseignant-référent

L’aide vient aussi des autres élèves, « respectueux des élèves handicapés, ils ne font jamais de réflexion cruelle, ils portent leurs cartables, ils les protègent, parfois même trop ! » Pour Anne, cela se fait naturellement, sans leçon de morale car « l’école scolarise ces élèves depuis plusieurs années ».

Anne admet qu’elle serait bien incapable de faire seule ce travail avec « aucune formation, sauf deux heures de conférence avec le médecin technique sur les enfants dys ». C’est sans doute là l’aide la plus importante : « J’ai un enseignant référent ».

Celui-ci est déchargé à plein temps : « Olivier est le maillon essentiel pour assurer le suivi des dossiers auprès de la MDPH, avec toute la pugnacité et l’énergie que cela demande. Il aide les parents à monter les dossiers, surtout ceux qui restent en retrait face aux démarches administratives. Et c’est lui qui rassure quand le mot « handicap » reste encore une souffrance. » Anne et ses collègues ont aussi besoin d’informations, qu’elles acquièrent lors des réunions, hors temps scolaire, avec l’ergothérapeute, le SESSAD, le médecin scolaire et l’enseignant-référent : comment stimuler ces enfants-là et jusqu’où poser le curseur des exigences, « pour être encore plus professionnellement à l’écoute ».

Finalement, Anne mesure le chemin parcouru : « Je n’ai aucune appréhension à garder mes deux élèves l’an prochain. Tout ce que j’apprends, tout ce que je gagne avec eux, je n’aurai pas à le refaire. On avancera encore plus loin. Et comme l’équipe pluri-professionnelle spécialisée tourne bien... » Et elle ajoute : « Pourvu qu’ils restent tous... »

L’ensemble du dossier

- Handicap : ça roule pas tout seul
- L’école maternelle : diagnostic et pédagogie

- Frédéric Grimaud :« Les prescriptions sont floues »

- Pluriprofessionnel : Agir en réseau

- Des brèves et des infos
- Christine Berzin : S’appuyer sur les compétences des élèves