S’appuyer sur les compétences des élèves
3 octobre 2011

Christine Berzin est maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Picardie Jules Verne.

Les enseignants disent que l’intégration des élèves en situation de handicap leur pose des difficultés. Pour vous, est-ce une difficulté à scolariser la différence ?

Nous avons mené auprès d’enseignants d’élèves en situation de handicap une enquête juste avant la promulgation de la loi de 2005. Si le droit à l’éducation de ces élèves n’était pas encore reconnu par tous, l’intérêt d’une telle scolarisation en termes d’acceptation de la différence mais aussi d’interrogation et d’évolution des pratiques professionnelles était unanimement partagé. Il ne semble donc pas que ce soit la différence en tant que telle qui pose difficulté mais la différenciation des interventions du maître qu’elle impose. Adapter son enseignement aux besoins de l’enfant en situation de handicap provoque chez l’enseignant des interrogations sur la façon de faire, mais aussi de l’inquiétude sur sa capacité à s’adapter aux besoins spécifiques de cet enfant sans perdre de vue le reste de la classe.

Au quotidien, dans la classe, quelles difficultés percevez-vous ?

Les handicaps évoqués comme suscitant le plus de difficultés sont ceux qui génèrent des troubles du comportement, notamment dans les cas de troubles envahissants du développement (TED). Les enseignants sont démunis face à ces enfants qui présentent des difficultés de communication importantes. Au-delà de ce qui se joue au sein même de la classe, une des difficultés premières évoquée par les enseignants se situe aussi au niveau du temps de concertation avec les équipes de soin et autres partenaires. Il n’existe pas pour les enseignants d’heures de synthèse. De plus, cette collaboration n’est pas toujours aisée à mettre en place. Les cadres de référence des divers métiers diffèrent et il faut trouver un terrain d’échange commun.

N’y a-t-il pas des perceptions variables des enseignants en fonction du handicap ?

Le handicap mental qui affecte la dimension cognitive, centrale à l’école, pose probablement des questions différentes de celles suscitées par les troubles sensoriels ou moteurs. Les représentations de ce type de handicap tournent autour de la limitation des potentialités des enfants. Or, chez les déficients, tous les secteurs ne sont pas atteints de la même manière. Certains secteurs peuvent révéler des points faibles quand d’autres laissent entrevoir des points forts. Le potentiel évolutif des enfants présentant un déficit intellectuel, cher à Roger Perron, promoteur d’une approche pluridimensionnelle de la déficience, n’est pas toujours très présent à l’esprit des enseignants. Ces derniers, y compris dans le cas de la difficulté scolaire, tendent à se focaliser sur l’aspect déficitaire des performances des élèves, sans interroger le contexte d’apprentissage.

Quels sont les leviers dont devraient disposer les enseignants ?

« Aucune scolarisation d’enfant handicapé à l’école n’est donnée clé en main » dit une de nos collègues. L’un des premiers leviers me semble-t-il est le changement de représentation de ces élèves en situation de handicap. Il faudrait, comme le dit le professeur Charles Gardou, « passer de la vision des creux à la valorisation des reliefs », autrement dit s’appuyer sur les compétences des élèves pour les faire évoluer. Il me semble primordial de réaliser un diagnostic de ce qui fait obstacle aux apprentissages des élèves mais aussi de ce qui fonctionne. Par ailleurs, il ne faut pas négliger la résonance du handicap dans le milieu familial, comme la façon dont l’enfant appréhende ses difficultés. Toutes deux sont susceptibles de modifier le retentissement du handicap. C’est un second levier pour lequel le psychologue scolaire dans le cadre de l’école est un partenaire essentiel. C’est du reste l’objet des projets personnalisés de scolarisation réalisés en équipe pluridisciplinaire. Enfin, autre levier, les enseignants ont besoin d’être soutenus par une information, une aide à l’élaboration de ces projets mais aussi par une formation initiale et continue qui prenne cette dimension en compte et amène une réflexion sur ces élèves aux besoins particuliers.

L’ensemble du dossier

- Handicap : ça roule pas tout seul
- L’école maternelle : diagnostic et pédagogie

- Frédéric Grimaud :« Les prescriptions sont floues »

- YONNE : Une scolarisation ordinaire
- Pluriprofessionnel : Agir en réseau

- Des brèves et des infos