Primo arrivants :d’une langue à l’autre
7 octobre 2008

Accueillir un enfant nouvellement arrivé en France implique une démarche pédagogique spécifique. Le plus souvent sans formation, les enseignants doivent faire entrer des enfants dans la langue.

On les appelle les ENAF. ENAF pour « enfants nouvellement arrivés en France ». La statistique en dénombrait précisément 17280 dans les écoles durant l’année scolaire 2007-2008 (lire l’article). Près de 80% sont accueillis dans une structure spécialisée de type CLIN (classe d’initiation), les autres fréquentant une classe « banale ». Le problème de ces élèves, c’est en premier lieu la langue française que bien souvent ils ne connaissent pas. Tâche immense pour les enseignants : leur apprendre une langue seconde, mais qui doit devenir le support de leurs apprentissages, de leur intégration sociale et, plus tard, professionnelle. En 2002, une circulaire ministérielle, expliquait les dispositifs existants tout en donnant des pistes de travail aux enseignants pour favoriser l’intégration de ces élèves (lire ci-dessous). Depuis, plus rien ou presque. « Chaque Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des voyageurs (CASNAV) navigue à vue sans impulsion ni directions ministérielles. Du coup, on a parfois un sentiment de bricolage, ce qui réduit l’efficacité de l’aide à l’accompagnement que l’on apporte aux équipes sur le terrain », estime Jean-Marc Mangin, responsable académique du CASNAVde Dijon. Par ailleurs, on note une tendance avérée à la diminution du nombre d’ENAF accueillis par le système scolaire : 40000 en 2004 en primaire et secondaire pour moins de 35000 4 ans plus tard (18610 contre 17280 dans le seul primaire aujourd’hui) selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance. Cette diminution des effectifs coïncide avec les politiques migratoires mises en oeuvre en France et en Europe durant ces dernières années, en particulier la diminution des autorisations de droit d’asile ou « l’effet dissuasif » des mesures prises pour lutter contre l’immigration clandestine, comme le souligne l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) dans son rapport d’activité 2007. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/0 84000198/0000.pdf

Côté école, les difficultés à prendre en compte ces enfants ne sont pas minces pour les enseignants. On a « l’impression de sans cesse recommencer à zéro », explique Annick Grandferry, maîtresse en CLIN à Dijon (Côte-d’Or). C’est qu’il n’existe pas de réponse toute faite à l’intégration des primo arrivants à l’école : pays d’origine, âge, passé scolaire, vécu dans le pays d’origine… autant de critères réclamant une approche individualisée pour chacun d’entre eux. Une « illustration que notre métier est bien de rechercher et de concevoir de multiples pistes de travail », ajoute-t-elle (lire l’article). La prise en compte des parents, de la culture du pays d’origine est aussi une donnée essentielle pour réussir l’intégration. À l’école maternelle Fromont d’Aubervilliers (Seine- Saint-Denis), dans le quartier des 4 chemins surnommé à la fin du XIXe siècle « la petite Prusse », la scolarisation des enfants étrangers fait un peu partie de la culture locale. Et, commente la directrice Catherine Hallier, « pour ces familles parfois sans papiers, l’école est l’unique contact avec des institutions. C’est un rôle essentiel pour la suite ». Ainsi, la scolarisation ouvre la porte à une médiation qui favorisera l’intégration de la famille entière et pas du seul élève.

Pour aborder ces problématiques, les enseignants ne reçoivent pas de formation spécialisée. Qu’ils accueillent des primo arrivants en classes ordinaires ou qu’ils soient affectés directement dans les structures spécifiques. Pour eux, cela ne se fait pas sans crainte. Ils redoutent en particulier la gestion de l’hétérogénéité, tout comme « la différenciation des parcours et les arrivées tout au long de l’année » (lire l’article). Et puis, à la complexité des situations, s’ajoutent aussi les difficultés sociales et économiques de la plupart des familles, y compris en ce qui concerne l’immigration intra-européenne. En 2006, 14% des ENAF provenaient des pays du continent européen. Pas de formation initiale, très peu de formation continue, néanmoins, les enseignants ne sont pas démunis et peuvent avoir accès à du matériel pédagogique (lire l’article). Ils pourront y découvrir quelques principes simples, comme celui décrit par Michèle Verdelhan-Bourgade, professeur des sciences du langage à Montpellier (lire l’article). « L’enfant n’est pas une tasse vide, il a déjà des compétences qu’il peut transférer. Il faut l’aider à les mobiliser ».