Dossier "Architecture scolaire, poser les bonnes fondations"
Présentation du dossier
21 décembre 2016

Et si les nouvelles modalités d’apprentissage induisaient de repenser l’architecture scolaire ? 
Le développement des pratiques participatives et collaboratives, la présence du numérique, notamment, amènent à réorganiser les espaces pour diversifier les pratiques pédagogiques et mieux coller aux différents temps d’enseignement.

Plus de salles que de classes ! Ça sonne un peu comme un slogan mais après tout, pourquoi ça n’en deviendrait pas un ? En effet, les nouvelles modalités d’apprentissage n’induisent-elles pas de repenser l’architecture scolaire ? Le questionnement est suffisamment sérieux pour que l’Institut français d’éducation y ait consacré une étude en 2012 :
 « De l’architecture scolaire aux espaces d’apprentissage : le bonheur d’apprendre ». Si l’on parle parfois « d’effet établissement », ce dernier ne s’appuie pas forcément sur les seules qualités pédagogiques des équipes. L’espace scolaire en fait certainement partie aussi et, sans doute, l’architecture peut contribuer à la réussite de tous les élèves.

Penser l’école en amont, c’est en effet anticiper les besoins et situations de classe et d’école, prévenir des nuisances, sonores par exemple, et faciliter l’installation d’un climat apaisé. Cette hypothèse, les enseignants du groupe scolaire Rouvroy à Abbeville (80), sont en train de la vérifier. Depuis le mois de janvier, ils ont investi les nouveaux bâtiments construits pour remplacer les préfabriqués dans lesquels ils étaient logés. Dès la phase de conception de l’école, leur directeur représentant l’équipe a été associé. Il est vrai que durant les années passées à l’étroit dans des algécos, ils avaient eu le temps de réfléchir à l’école idéale. Parmi les multiples demandes, celle d’avoir une salle-atelier qu’on peut partager entre deux classes, pour se lancer dans des projets sans avoir pour autant à tout ranger ou ressortir à chaque séquence. « Travailler en groupes par exemple c’était impossible, se souvient le directeur. Une fois les enfants installés, on ne pouvait plus bouger, même pour aider » (lire ici).

D’autres pratiques ont trouvé leur place à l’école

Avec parfois des locaux réservés à l’informatique, à la salle des maîtres ou à l’espace de motricité quand il y en a un, il y a souvent plus de salles que de classes. Mais on n’enseigne plus aujourd’hui comme au temps des hussards noirs de la République, en perpétuel face-à-face avec les élèves. D’autres pratiques ont trouvé leur place à l’école, par exemple l’organisation de temps coopératifs ou participatifs (travaux de groupe, élèves en autonomie, co-intervention du maître +), nécessite une autre conception spatiale de la classe, d’où le besoin de nouveaux espaces à côté de ceux plus traditionnels.

La question se pose aussi pour le bâti ancien. Comment peut-il être transformé ? Certes, pour beaucoup d’écoles ce n’est pas le problème le plus urgent. L’état de vétusté de nombreuses écoles marseillaises a fait couler beaucoup d’encre, mais si la situation semble hors normes dans la cité phocéenne bien d’autres communes ont laissé leurs écoles se dégrader par manque de moyens ou d’ambition politique.

Le 26 novembre dernier, le gouvernement a d’ailleurs lancé une mission interministérielle sur l’amélioration du patrimoine scolaire dotée d’un budget d’1 milliard d’euros financé par la politique de la ville.

Des moyens il en faudra en effet ne serait-ce que pour résorber les situations les plus critiques. Mais le SNUipp-FSU estime, lui, qu’il faut aller plus loin en établissant un cahier des charges national à respecter en termes de qualité et d’entretien du bâti.

Savoir faire du neuf avec du vieux

Quoi qu’il en soit, l’expérience montre aussi qu’il est possible de faire du neuf avec du vieux, comme à Trébédan, dans les Côtes-d’Armor. Grâce à un montage financier certes inédit, la rénovation de l’école publique a été réalisée sur des bases artistiques et écologiques. Mais bien entendu, ce ne sont pas les beaux dessins ni la faible consommation d’énergie qui font une école où l’on apprend mieux. L’établissement a été repensé pour favoriser la coopération entre les élèves et ouvrir l’école sur un village qui avait bien besoin de retisser du lien social. Grâce à la designer qui est intervenue sur ce projet c’est toute l’ergonomie de l’école qui a été adaptée (lire ici).

Bernd Hoge, architecte et ingénieur, reconnaît qu’on ne construit pas une école n’importe comment. « On a une double responsabilité.
Construire un bâtiment qui peut convenir comme outil pédagogique et qui va donner envie aux élèves, qui sont des éponges, de s’ouvrir à la connaissance », explique-t-il.
Il soutient aussi l’idée d’une évolution nécessaire de l’architecture scolaire, prônant
« un changement spatial pour soutenir une pédagogie nouvelle ». Il ajoute : « l’espace s’agrandit aussi par le numérique qui permet de changer la manière de transmettre les connaissances » (lire ici).

Une architecture jamais anodine

Pour sa part, Maurice Mazalto, ingénieur et proviseur de lycée honoraire, estime que « l’introduction des outils numériques dans les écoles maternelles et élémentaires bouscule l’architecture scolaire. On peut l’utiliser dans des endroits ignorés de l’école comme la cour ou les couloirs. Le numérique convient très bien à un travail de recherche seul ou en petit groupe. Ce qui signifie qu’il est intéressant de multiplier des espaces qui peuvent être modulables, et transformables », estime-t-il (lire ici).

Mais ajoute-t-il, « l’évolution des méthodes pédagogiques est toujours plus rapide que les espaces qui les accueillent. Lorsqu’on fait une école, on la conçoit pour un temps long. Les gens qui y travaillent vont par contre évoluer dans leurs pratiques pédagogiques. Il y a une discordance. Les espaces peuvent améliorer les pédagogies, mais en aucun cas les créer ». En tout cas, penser le bâtiment-école n’est pas chose anodine. Depuis les premiers collèges des Jésuites jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la plupart des constructions s’intégraient dans des bâtiments religieux. Les règles de vie, comme l’enseignement étaient fondés sur la spiritualité chrétienne. À chaque époque, une réponse architecturale a été apportée aux enjeux éducatifs du moment (lire ici). Aujourd’hui, les besoins sont avant tout d’ordre pédagogique.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Histoire – Le bâtiment scolaire reflet de son époque
- « L’importance du bâti sur les apprentissages et l’ouverture d’esprit » - 3 questions à Bernd Hoge, architecte-ingénieur
- Abbeville (80) – Une école construite avec ses usagers
- Trébédan (22) – Une rénovation artistique et écologique
- « L’architecture scolaire n’est jamais neutre » - Entretien avec Maurice Mazalto, ingénieur, proviseur de lycée honoraire, membre des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)
- « Un bon dispositif donne de la souplesse » - 3 questions à Nicole Devolvé, ergonome spécialiste des situations scolaires (université Toulouse)