Dossier : "L’évaluation des enseignants : un projet qui dénote "
Présentation du dossier
5 décembre 2011

Le ministère propose une réforme de l’évaluation des enseignants et du déroulement de carrière renforçant son caractère arbitraire et inégalitaire. Liberté pédagogique et pouvoir d’achat sont en jeu. Le SNUipp demande le retrait du texte et l’ouverture de négociations.

C’était un scoop du Café pédagogique du 15 novembre dernier, le ministère de l’Éducation nationale préparait en catimini un projet d’arrêté et un projet de décret modifiant les modalités de l’inspection pour le premier, la grille d’avancement de carrière pour le second. En catimini ? En fait au mois de mars, le ministère avait organisé une consultation, faite un peu à l’emporte-pièce, sans distinction entre premier et second degré, sans panel représentatif de la diversité des enseignants concernés. Malgré cela, les réponses obtenues en mars laissent entrevoir des aspirations qui vont clairement en faveur d’une évaluation formatrice, qui aide et permette d’améliorer le travail des enseignants. Cette parole libérée vient aussi corroborer un rapport plus institutionnel, réalisé en 2003 par le Haut Conseil de l’évaluation de l’école et qui critiquait fortement le système actuellement en vigueur (lire l’article Enquêtes : Des différences d’appréciation !).

Pour le SNUipp, la question n’est pas nouvelle. Le syndicat, qui juge le système actuel inefficace et infantilisant, s’est depuis longtemps prononcé pour une inspection formative (lire l’article Engager une réflexion ). Il estime aussi que la note issue de l’inspection doit être déconnectée du déroulement de carrière. Ce dernier, tel qu’il est organisé aujourd’hui, complexe, variable d’un département à l’autre, faisant jouer de multiples paramètres, reste souvent incompris. Il est surtout profondément inégalitaire : avancement à l’ancienneté, au choix, au grand choix, certains gravissent les échelons aussi vite qu’un pompier sur sa grande échelle quand d’autres peinent à monter les marches. Résultat, les disparités de traitement entre enseignants possédant la même ancienneté peuvent représenter en fin de carrière plusieurs dizaines de milliers d’euros, jusqu’à près de 100 000 € selon les projections réalisées par le SNUipp…

Inefficace, inégalitaire, peu transparent et pas formateur

Le second volet de l’arsenal réglementaire du ministère s’attaque donc au déroulement de carrière. Si le système actuel s’avère plutôt aléatoire et peu clair, que dire de ce qui pourrait se mettre en place avec le projet de décret ? Un avancement unique, donc le plus lent possible pour tous, avec toutefois la possibilité laissée aux inspecteurs d’octroyer des mois d’avancement sans critères véritablement définis (lire l’article Déroulement de carrière : Dégradations et arbitraire en vue ). Ce qui renforce l’arbitraire de certaines décisions, au risque de mettre à mal la cohésion des équipes.

On est bien loin de la parole des enseignants telle que certains nous l’ont délivrée pour les besoins de ce dossier (lire l’article Enquêtes : Des différences d’appréciation !). Il y a même mieux, si l’inspection en classe pour les inspecteurs soucieux d’accompagner les enseignants sur le chemin de la professionnalisation pouvait constituer un élément positif de l’évaluation, difficile de voir dans le projet du ministre des réponses appropriées aux besoins et aux attentes.

Anne-Marie Chartier, docteur en sciences de l’éducation, refait l’historique de la manière dont l’inspection s’est mise en place au XIXe siècle et comment petit à petit, son rôle de conseil, voire de protecteur face aux pouvoirs locaux alors qu’il s’agissait de développer un système d’éducation à l’échelle nationale, s’est progressivement mué en autorité imposant les normes professionnelles et les bonnes pratiques. Pour elle, fondamentalement l’inspecteur reste une « interface » entre la hiérarchie et les enseignants. Cependant, elle estime que le projet d’entretien hors la classe semble « s’inscrire dans un renouvellement des modèles de référence », mais qu’il pourrait aussi « s’inscrire dans une perspective d’auto-évaluation formative ». Rien n’est donc forcément joué d’avance et c’est pourquoi les enseignants sont invités à signer la pétition sur le site du SNUipp qui demande le retrait de ce protocole ; retrait qui constitue pour le SNUipp un préalable pour l’ouverture d’une réflexion et de négociations constructives.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Engager une réflexion
- « Un outil pour piloter l’action »
- Inspection : vers un entretien professionnel ?
- Déroulement de carrière : Dégradations et arbitraire en vue
- Projections de carrière
- Enquêtes : Des différences d’appréciation !
- Un renouvellement des modèles de référence ?