« Penser l’effet des actions pédagogiques »
17 septembre 2008

Valérie Barry-Soavi est formatrice pour l’ASH à l’IUFM de Paris XII-Créteil.

Selon Valérie Barry-Soavi, les enseignants peuvent envisager la mémoire de l’élève comme un système dont le dynamisme et l’efficacité dépendent pleinement des situations d’apprentissage proposées.

- Vous nommez « proactifs » les effets sur la mémoire des actions enseignantes. Pouvez-vous donner quelques exemples ?

  • Une action pédagogique a un effet proactif sur la mémoire si elle a lieu lors de la phase de mémorisation et si elle favorise, à terme, le rappel de l’information. On peut citer l’effet de contexte : il s’agit, lors de l’apprentissage d’une nouvelle notion, de poser alternativement aux élèves des questions qui les situent comme acteurs de cette notion (« Comment feriez-vous pour aller à Londres ? ») et comme spectateurs de la même notion (« De quel pays Londres est-elle la capitale ? »). Il existe également un effet de double codage : il s’agit de faire en sorte qu’une information langagière soit transformée par l’élève en représentation mentale visuelle, et réciproquement. On obtient cet effet en multipliant les questions de jugement sémantique à propos d’une notion à connaître (« Un carré est-il rond ? »), et en codant sous forme langagière les actions qui font l’objet d’un apprentissage (par exemple, pendant une période d’étude de la soustraction, on peut écrire tous les jours au tableau une opération du type « 30 – 2 = 28 », après avoir observé qu’il y a 2 absents dans la classe. L’effet de boucle phonologique est également important. Lors d’une activité de lecture, on peut proposer aux élèves de lire à voix très basse, s’ils le souhaitent. Cette subvocalisation assure une fonction de recodage de l’information (du visuel vers l’auditif) ainsi qu’une fonction d’autorépétition, ce qui va renforcer l’efficacité de la mémoire de travail.

- Pouvez-vous expliquer pourquoi vous préférez le terme de structuration à celui de stockage ?

  • L’organisation de la mémoire est fondée sur un principe d’héritage des propriétés . Quand on demande à des personnes de se souvenir d’une liste de courses contenant 50 articles à acheter, le rappel est meilleur quand les personnes ont pris appui sur des catégories, telles que les fruits, les produits d’entretien, etc., pour récupérer l’information. Le rappel d’une catégorie sert le rappel d’un élément de cette catégorie. De ce fait, la structuration des apprentissages est un effet proactif. Si, lors de l’étude d’un conte, l’enseignant organise, par exemple, les éléments importants du récit dans un tableau en cinq parties (chaque partie représentant une composante du schéma narratif), cela pourra aider les élèves, lors d’une séance ultérieure, à restituer le conte en s’appuyant sur sa structure.

- Quels sont les leviers à activer lors de la phase de rappel ?

  • Une information peut être disponible en mémoire, mais non accessible à un instant T. Le rôle de l’enseignant est alors d’aider l’élève à activer cette information. A mon sens, le principal effet rétroactif est l’effet d’encodage spécifique. Il s’agit de restaurer chez l’élève les conditions de l’apprentissage initial de cette notion. Dans l’exemple du conte, on peut inviter les élèves à visualiser mentalement le tableau en cinq parties qui a été précédemment élaboré, et à revivre ainsi la scène de la construction du schéma narratif, afin de se souvenir des arcanes du conte.

La mémoire selon Wikipedia « La centralité d’une information, ou item, se mesure proportionnellement à sa familiarité (fréquence d’occurrence) dans un domaine, et par sa connexité, où le nombre et la force des relations qu’entretient l’item considéré avec les autres informations du même domaine. »

Apprendre par le toucher Toucher des figures géométriques planes en relief aide les enfants âgés de cinq ans à mieux les reconnaître visuellement et à les mémoriser. C’est le résultat des travaux de deux chercheurs du CNRS, Edouard Gentaz et Laëtitia Pinet concernant les apprentissages en géométrie. Ces études devraient permettre d’en améliorer l’apprentissage à l’école maternelle et d’aider les enfants à mieux appréhender leur environnement spatial.

En savoir plus sur le site d’Edouard Gentaz

La preuve par 7 Telle une centrale de surveillance installée dans le cortex frontal, la mémoire « de travail » est, contrairement aux autres, une mémoire vide. Elle se remplit des choses auxquelles on pense mais ne conserve les informations que 5 secondes. Elle ne contient que 7 « cases » dans lesquelles peuvent transiter 7 mots, 7 images ou 7 petites phrases très simples, qui seront ensuite synthétisés dans la mémoire à long terme. Mais c’est beaucoup plus complexe pour les élèves face à de nouveaux mots : chaque case ne retiendra que les phonèmes, un par case (« géode » = « gé » et « ode »). L’enseignant devra aider l’enfant à faire la synthèse.