PISA
PISA - interview d’Eric Charbonnier
27 janvier 2011

Eric Charbonnier est expert à la direction Education de l’OCDE. Il revient sur les données françaises "manquantes" concernant PISA.

Concernant l’enquête PISA, la France ne transmet pas certaines données. Lesquelles ?

La question ne se pose pas exactement sous cette forme. Le test principal (épreuves et entretiens) est obligatoire pour tous les pays participants. Il est accompagné de questionnaires optionnels et la France a choisi de ne pas exploiter le questionnaire destiné aux parents et celui destiné aux chefs d’établissement, peut-être à cause d’arbitrages financiers.

Au-delà de PISA la France n’a pas souhaité participer à l’étude TALIS sur l’attitude des enseignants vis-à-vis de leurs conditions de travail, de la direction d’établissement scolaire, du développement professionnel. C’est dommage car cela empêche un diagnostic complet du système éducatif.

Dans les documents récapitulatifs de PISA, certaines données françaises sont absentes

Elles existent puisqu’elles sont exploitées à partir du test principal mais la France refuse la publication de tout ce qui touche aux écarts entre établissements, aux différences de performances entre les élèves selon les établissements. La France justifie sa position par le fait qu’il y a beaucoup de redoublements et qu’à 15 ans les élèves se répartissent entre collège, lycée général, technique ou professionnel, ce qui pourrait introduire un biais dans l’exploitation des résultats. A PISA nous faisons observer que beaucoup d’autres pays sont dans ce cas avec des élèves répartis dans des classes ou des filières différentes. Nous refusons de considérer que ces données sont manquantes.

Comment expliquez-vous la position française ?

On peut supposer qu’il y a de grandes différences entre établissements. En France les inégalités augmentent plus vite et les comparaisons internationales permettent de mettre en évidence que certains pays ont réussi à réduire le poids du milieu socio-économique sur la réussite scolaire. La non-publication de données sur les établissements empêche d’afficher clairement à l’international l’inefficacité des politiques éducatives françaises sur ce plan, données que l’on peut retrouver en revanche dans des publications nationales.

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