Laïcité
Morale laïque : construire un horizon partagé
13 septembre 2012

Benoît Falaize, Maître de conférence et agrégé d’Histoire, revient dans une interview à [Fenêtres sur cours] sur les annonces de Vincent Peillon à propos de la morale laïque à l’école.

Comment entendre le terme de « morale laïque » défendu par Vincent Peillon ?

Je pense qu’il faut d’abord l’entendre d’un point de vue historique : il s’agit pour le ministre de retrouver les fondamentaux de l’école de la république sans pour autant tomber dans la nostalgie de la 3e république. Une morale laïque qui permettrait à l’école de se réapproprier son héritage tout en s’ancrant dans le présent. Depuis 20 ans, on oscille entre l’instruction civique (l’enseignement des institutions) et une éducation fondée sur la socialisation (le « vivre ensemble »). La morale laïque consisterait à réaffirmer les valeurs de la république en permettant une réflexion sur la solidarité, la générosité, le respect… Cette morale, qui doit rester ferme sur ce qui constitue notre humanité commune, peut débattre de tout car la laïcité est ouverture tandis que l’ordre moral, à l’inverse, est quelque chose de figé, qui enferme les gens dans des certitudes.

Comment enseigner ces principes de laïcité ?

Si l’on veut des enseignants dignes, bienveillants et respectueux des valeurs de l’école républicaine et des opinions de chaque élève, nulle doute qu’une réflexion sur la déontologie sera nécessaire. Une bonne formation initiale est incontournable. Elle rejaillit inévitablement sur les pratiques. Les précédents programmes instituaient la ½ heure de débat réglé. Faut-il une heure hebdomadaire de cours de morale laïque ? L’idéal serait de prévoir des actions pédagogiques transversales, réellement ancrées dans les disciplines : on peut parler de la mort, de la tolérance ou de la religion adossé à des contenus, au cours d’une lecture ou pendant une leçon de science ou d’histoire. Mais l’école n’est pas là uniquement pour enseigner des contenus disciplinaires. L’école devrait permettre de construire des individus meilleurs et les aider à s’affranchir des pesanteurs sociales ou familiales. Et aussi définir et construire un horizon partagé.

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