Plurilinguisme
« Montrer que la diversité c’est la norme »
13 septembre 2012

Françoise Leclaire, chargée de cours en didactique et plurilinguisme à Nantes à l’université du Maine, défend l’idée de développer une compétence plurilingue et pluriculturelle dès le plus jeune âge. Une interview de [Fenêtres sur cours]

Peut-on apprendre une langue sans s’intéresser à la culture du pays ?

Je pense que langue et culture sont imbriquées. Connaître une langue c’est aussi connaître les codes culturels de la communication qui la régissent. L’exemple le plus simple et que l’on peut exploiter en classe est celui des bonjours et des salutations. Il ne suffit pas de connaître les mots, il faut aussi comprendre ce qui se joue avec et autour de leur utilisation dans une situation de communication. On peut amener les élèves à réfléchir sur les raisons qui font qu’on ne salue pas son père, le directeur de la même façon et voir ce qui se passe dans les autres cultures.

Quels autres éléments culturels peut-on aborder à l’école primaire ?

Il faut veiller à ne pas figer la culture dans des clichés et des stéréotypes. Il faut prendre en compte la diversité et montrer qu’elle est la norme. Les enfants doivent comprendre que les cultures évoluent dans le temps, selon les lieux, qu’elles s’enrichissent d’apports extérieurs. De ce point de vue, sortir de l’ethnocentrisme anglais en travaillant sur l’Inde est intéressant, si on replace la culture dans son historicité, (par exemple comprendre les liens entre la pratique du cricket et la colonisation.) et si on ne fait pas l’impasse sur les langues et cultures locales. Une manière de montrer que les cultures se nourrissent les unes les autres. Si on veut éviter de poser une culture contre une autre il faut multiplier les exemples, les comparaisons.

Quelle importance donnez-vous aux situations de communication « authentiques » dans l’apprentissage d’une langue ?

La notion de « situation authentique » elle même est sujette à des clichés ! On ne peut pas la réduire, comme on le fait souvent, à une interaction orale « à la gare », « au magasin »... Il faut s’interroger sur les situations authentiques de contact que l’élève va réellement vivre dans sa vie quotidienne. Cela peut aller d’une notice de montage multilingue des règles d’un jeu aux échanges inter-classes via Internet. Le principal à l’école et dès la maternelle est de favoriser l’envie d’apprendre les langues, et l’ouverture aux autres.

Voir aussi :
- le témoignage de F.Leclaire à l’université d’automne du SNUipp