Moi, Dieu Merci qui vis ici (A) Thierry Lenain, ill. Olivier Balez - Albin Michel (13,50€) Dès 8 ans
10 octobre 2008

Moi, Dieu Merci qui vis ici (A) Thierry Lenain, ill. Olivier Balez - Albin Michel (13,50€) Dès 8 ans

Je m’appelle Dieu Merci
Et je n’ai pas toujours été ici.
Je suis né là-bas,
Dans ce pays que je n’oublie pas.
Mais un jour j’ai fui,
Et aujourd’hui je suis ici en vie,
Dieu Merci.

Oui, il vit ici, en France, Dieu Merci, après bien des douleurs. Et son histoire est une histoire vraie dont Thierry Lenain et l’excellent illustrateur qu’est Olivier Balez, ont tiré la matière d’un bel album.

Dieu Merci, est né en 1965 en Angola. Il avait 7 ans quand commença la guerre civile. Plus tard, marié et père de famille, il fut blessé d’une balle dans la tête, alors qu’il tentait d’échapper aux soldats venus l’enrôler de force. Hôpital, prison, hôpital, et la fuite inespérée jusqu’en France... _ Sans papiers.

2006 : Grâce à une femme âgée en péril à qui il avait porté secours, Dieu Merci a pu s’installer depuis plusieurs années avec sa femme et ses enfants en Pays d’Olonne. Leur fils de 9 ans est scolarisé à l’école René Louis Cadou, d’Olonne sur mer. Leur fille de 19 mois va à la crèche des Sables d’Olonne.
... Ils sont toujours sans papiers.

Mais, ce 21 juin 2006, cette famille reçoit l’injonction de quitter le territoire avant un mois... Aidés par le réseau d’Education sans frontière dans lequel Thierry Lenain est très impliqué, ils demandent un recours en grâce. Et c’est l’insupportable attente...

L’album s’arrête à l’installation précaire de Dieu Merci, sans aborder la menace de l’expulsion. Mais il est percutant.

On peut ne pas toujours apprécier le texte plus ou moins rimé dont la contrainte gêne souvent la fluidité de la langue. Il gagnera sans doute à être oralisé sur un rythme de slam.

Les illustrations, elles, sont d’une grande force. Peintes dans des camaieux de brun et de bleu vert, comme la terre et la mer, avec des taches de rouge sang, elles sont sillonnées de traits parallèles, qui semblent rattacher l’ici à là-bas, les vivants aux morts, le présent au souvenir.

Les pages de garde offrent l’inhabituelle perspective d’une carte de géographie dont le centre n’est plus l’Europe, mais l’Afrique. Un timbre pour l’Agola puis un timbre pour la France marquent les points de départ et d’arrivée. La première illustration, avec la tête d’un homme noir vu de dos (celui qui n’est pas d’ici) a comme écho la dernière double page : le visage de l’homme noir dont les yeux étincelants fixent et interpellent le lecteur "...Je suis Dieu Merci, vivant ici"

On ne peut qu’être touchés par ce témoignage des souffrances de l’exil, de l’angoisse perpétuelle des sans-papiers, de la responsabilité collective d’un pays d’accueil. Touchés par cet album qui affirme, le droit pour chacun de vivre, ici ou là-bas, en paix et en sécurité.

Septembre 2006 - Grâce à sa tenacité, grâce à la solidarité de certains, Dieu Merci a finalement obtenu des papiers. "Papiers provisoires, à renouveler en attestant toujours d’un nouveau ceci, d’un nouveau cela"… Mais son témoignage a une portée universelle.

Marie-Claire Plume

Site de Thierry Lenain concernant "Dieu Merci" :
http://thierrylenain.free.fr/DM.html