Même les mangues ont des papiers (A) Yves Pinguilly, Aurélia Fronty - Rue d Monde 2006 (14€) Dès 8 ans
31 août 2007
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Quelque part en Afrique de L’Ouest, en regardant le soleil revenir chaque matin de son voyage de l’autre côté du monde, le petit Momo rêve de découvrir à son tour ces pays mystérieux. Il imagine que là-bas, il pourra travailler pour « soigner et nourrir » sa mère et ses sœurs. Sa copine Khady est plus réservée lorsqu’il dit qu’il partira :
" - Où ?
- De l’autre côté du monde !
- Non, mais tu sais que, là-bas, de l’autre côté de la Terre ronde, le monde est à l’envers ? Il marche sur la tête ! "

Et puis, comment faire quand on n’a ni l’argent ni les papiers ?

Pourtant, après « plusieurs saisons des pluies... et plusieurs saisons sèches », ils se décident à quitter leur village , cachés parmi les mangues dans un camion qui va au port... Ils réussissent à embarquer clandestinement à bord d’un navire.

Au matin, le bateau a quitté le quai, mais l’Edorado est encore très loin quand Momo et Kadhy, à peine sortis de leur cachette, sont repérés par des marins :
"- Là, en voilà deux ! Attrapez-les !
- Vos papiers !
- VOS PAPIERS !
Momo trouva dans sa poche un vieux bout de papier journal sur lequel il y avait la photo de l’équipe nationale de football. Khadi, elle, sortit une feuille de cahier toute froissée sur laquelle elle avait recopié un poème le dernier jour de sa dernière année d’école... "

Conduits devant le Capitaine, celui-ci leur explique que les mangues, elles, ont des papiers. Elles sont « enregistrées, numérotées... tamponnées ». Elles, elles ont le droit de voyager. Rien de tel pour Momo et Kadhy qui doivent débarquer.

Momo est triste : il ne pourra apporter aucune aide à sa famille. Kadhy essaie de le réconforter : « Momo, toi et moi ensemble, nous sommes le monde entier. Chacun une moitié. À égalité. ».

C’est un album sur l’immigration clandestine vue par des enfants, un album avec de grandes illustrations lumineuses, couleur mangue, pour raconter l’histoire tragique de ces hommes et de ces femmes qui quittent leur pays, attirés par le miroir aux alouettes d’un Occident qui n’en veut pas.

Ici, l’histoire se termine pas trop mal pour Momo et Kadhy, pas de papiers, pas de voyage. On ne les retrouvera pas morts gelés comme d’autres dans le train d’atterrissage d’un avion. Car dans la réalité de notre monde, la mort parfois, la misère souvent, sont au bout du voyage. Yves Pinguilly, amoureux de ce pays prend position : c’est aussi à l’Occident de faire en sorte que les Africains puissent bien vivre dans une Afrique dont ils seraient maîtres, sans être contraints d’émigrer.