Maus - (T1 & 2), Art Spiegelmann - Flammarion 1973/1994 (15 € chaque) Dès 12 ans et pour tous.
23 février 2007

En cette période de commémoration, Maus est une BD incontournable. L’auteur y raconte, dans des petites vignettes en noir et blanc, l’histoire d’un homme, Artie, - son double - dessinateur d’origine juive, vivant à New York. Celui-ci décide de raconter en images la vie de son père, Vladek, rescapé juif des camps nazis, qui a vécu en Pologne avant et pendant la seconde guerre mondiale.

D’Auschwitz à New York, de 1930 à 1970, se déroule en deux temps et deux tomes, , le récit d’une double survie, celle du père mais aussi celle du fils qui essaie de se libérer de son père. Le lecteur plonge avec Vladek dans l’enfer nazi. Rescapé d’Auschwitz, il voudrait pouvoir arriver à oublier l’indicible. Anja, sa femme, elle, s’est suicidée en 1968. Elle ne supportait plus de vivre avec les fantômes du passé.

Art, le fils, pousse au contraire son père à tout raconter, car ils ont l’un et l’autre un devoir de mémoire et l’obligation du souvenir, par respect pour les victimes...

Ce qui fait l’originalité de cette BD, c’est que tous les personnages sont représentés par des animaux symboliques. Les Juifs sont de petites souris, les Allemands sont des chats et les Polonais sont représentés par des têtes de cochons. Cette transposition permet la distance et rend universelle cette BD pourtant très intimiste et cette utilisation métaphorique de l’animal met en lumière de manière cruelle et efficace, la déshumanisation que subit l’être humain en proie aux guerres et aux génocides.

Signalons une autre bande dessinée-culte : La bête est morte : la guerre mondiale chez les animaux de Calvo (Gallimard 2002 et bibliothèques) La bête est morte ! est une ?uvre exceptionnelle, conçue à Paris entre 1939 et 1945 au nez et à la barbe de l’occupant allemand, et publiée dés le 3e mois de la Libération. Juste avant Orwell et sa Ferme des animaux (1945), Victor Dancette et Jacques Zimmermann, ses auteurs, usent de l’allégorie (chaque belligérant, facilement reconnaissable, est représenté caricaturalement par un animal, Hitler étant un loup) pour y raconter avec une passion vibrante, l’histoire tragique de la Seconde Guerre mondiale. Les illustrations de Calvo, proche de celles de Benjamin Rabier mais avec une force terrible confèrent à ce document émouvant une force rare.

La bête est morte ! est un récit en deux parties : "Quand la bête est déchaînée" et "Quand la bête est terrassée".