Marseille : Pourquoi rencontrer des artistes et des oeuvres d’art contemporain ?
30 septembre 2004

En 2000, la gare du Prado tombée lentement en désuétude après la seconde guerre mondiale, a été transformée en « Parc du XXVIe centenaire » de Marseille. Ce n’est pas un hasard si les élèves du CM1 d’Eric Pisano à l’école du Rouet lui ont trouvé l’an dernier bien des similitudes avec une ?uvre de Pascal Simonet, prêtée par le Fond Régional d’Art Contemporain, avec laquelle leur maître avait choisi de travailler. « A travers le temps » ( le tableau a été baptisé par les élèves) présente sur un fond vert évoquant la nature, les silhouettes de bâtiments industriels et d’êtres humains. En essayant de reproduire les mêmes techniques, les élèves ont peint en groupe de grands formats, inspirés de leur quartier. Durant six semaines, « ils ont appris à observer une oeuvre, à décrire ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent, à mettre des mots sur leurs émotions, à débattre arguments à l’appui », explique Eric. Cette expérience au départ fondée sur des objectifs langagiers s’est élargie à la découverte et à l’expérimentation par les élèves de la démarche artistique, avec leurs propres productions, et le développement de la perception de leur propre environnement. Deux autres classes ont travaillé sur ce tableau, le CM2, et dans la maternelle mitoyenne, la GS de Brigitte Estrade. « Nous avons travaillé à partir de photos du quartier sur lesquelles les élèves superposaient des transparents, y dessinant des paysages, explique cette dernière. L’objectif premier était la confrontation avec une véritable ?uvre d’art, la rencontre avec l’artiste et donc, la possibilité d’un travail nourri en langue orale », comme le préconisent les programmes.

A la fin de l’expérience, l’artiste en personne est venu à la rencontre des élèves, en compagnie d’Anny Lazaru, la Conseillère Pédagogique en arts plastiques de la circonscription. Elle avait aidé les enseignants à choisir une ?uvre sur laquelle tous trois pourraient travailler en fonction du niveau de leur classe. La rencontre avec ces derniers avait eu lieu quelques mois plus tôt, à l’occasion de demies-journées de formation. Si au Rouet l’initiative des enseignants est individuelle, à l’école du Canet Jean Jaurès, dans la ZEP des quartiers Nord de Marseille, elle est inscrite dans le projet d’école. L’art contemporain est utilisé par 7 classes avec l’aide d’un intervenant extérieur conventionné par le FRAC, l’association « Art’ccessible la galerie ambulante » dont s’occupent deux artistes contemporains : Céline Girbal et Stéphane Guglielmet. « Notre projet d’école est construit autour de trois axes, explique Christel Ripoll, enseignante en CP : la maîtrise de la langue, l’éducation à la citoyenneté et l’aide aux enfants en difficulté. » Pendant huit mois l’année dernière Art’ccessible est intervenue dans l’école à raison d’une heure par semaine et par classe avec « One minute sculpture » de l’autrichien Erwin Wurm. « C’est une ?uvre participative, que le public fait évoluer », explique Stéphane Guglielmet. Concrètement, il s’agit d’une série d’objets usuels disposés sur un plateau (un seau, un arrosoir, une balle...). Chaque élève doit se saisir d’un de ces objets, prendre une posture et rester immobile pendant une minute. Chaque « sculpture vivante » est tour à tour dessinée, peinte, et photographiée par les autres élèves appelés à reproduire « ce qu’ils voient et non pas ce qu’ils savent » Et ces « traces »sont au final assemblées tout autour de l’ ?uvre initiale pour une expo de fin d’année scolaire à laquelle les parents ont été invités.

Avec son CP, Christel a travaillé sur l’image du corps, sur la perception des couleurs et des formes. Comme le rappelle Anny Lazaru, Peter Greenaway écrivait : « on apprend à lire et à écrire, mais jamais à regarder ». Ici, c’est bien à partir de cet apprentissage du regard que les enseignants espèrent avancer sur leur travail d’enseignement.