Mannevillette en Seine maritime, la houle, c’est pas sorcier
26 novembre 2004

"L’an dernier, dans notre classe, il y avait un petit canal. Avec une boîte électrique, on allumait un batteur qui fabriquait des vagues. Une pompe faisait du courant pour faire circuler l’eau dans le canal ". Si Paul et Maxime, élèves de CM1 à l’école de Mannevillette en Seine-Maritime, évoquent au passé le canal à houle, c’est qu’en ce moment celui-ci est retourné au laboratoire de mécanique des fluides de l’université du Havre pour subir quelques transformations. C’est dans ce même laboratoire que l’an dernier il a été conçu par deux techniciens. Comme l’explique Véronique Crayon, directrice de l’école de Mannevillette, " un budget de 600 euros en vue de la réalisation d’une action scientifique a été proposé à la circonscription de Montvilliers dont dépend l’école... Avec l’aide de mon mari, maître de conférence à l’université, nous avons proposé la création par son laboratoire d’un " canal à houle " qui serait mis à disposition des écoles de la circonscription ".

La maquette, dont le coût de revient est estimé à 7 000 euros - la main d’ ?uvre qui correspond, comme le note Véronique, à une semaine d’étude par un ingénieur et un technicien n’a pas été facturée par l’université-, a été livrée en février à l’école. Durant les cinq derniers mois de l’année dernière, différents travaux ont pu être menés, alternant observations de sites locaux et expérimentations sur la maquette. Ainsi, les élèves de CE1-CE2, après s’être rendus sur une plage de sable proche de l’école, ont ensuite simulé sur la maquette le mouvement des vagues grâce au batteur dans le rôle du vent. Ils ont observé les crêtes, les creux, le déplacement de la houle, le va et vient de l’eau sur la plage. "Il est vrai, indique Elie Rivoalen du laboratoire de mécanique des fluides, que la région avec la Seine et la Manche est riche en canaux ou en ports. Le " canal à houle " est similaire dans sa conception à ceux que nous utilisons à l’université pour étudier les mouvements de la houle pour la création de digues dans les zones portuaires. Ainsi, par exemple, les enfants peuvent y observer différents types de digues : verticale au Havre, avec des blocs à Port 2000, à blocs rainurés à Antifer ou à caisson perforé à Dieppe. En classe, avec le canal, ces différentes digues peuvent être recréés en alternant les accessoires conçus pour le canal. La richesse de l’exploitation est vaste, de l’étude de la distance entre deux crêtes aux effets de la modification de la topographie du fond ou du profil de plage sur la surface de l’eau ou sur la forme des vagues. Les élèves, tout comme Véronique, attendent avec impatience le retour du " petit canal " à l’école, actuellement en travaux pour ajout d’un jeu d’écluses. Ces dernières, jointes au " canal ", permettront de recréer les conditions réelles de leur fonctionnement. Ensuite, il sera temps aux autres classes de l’utiliser. " Un outil comme celui-là doit au moins rester plusieurs mois dans une école pour que tous les élèves puissent le manipuler ", note Véronique. Alors, maintenant, outil appartenant à la circonscription, reste à savoir comment il va pouvoir être mis en commun. Gilbert Saulot, IEN circonscription de Montivilliers précise" L’école de Mannevillette a produit des leçons et de la pédagogie de terrain dans le cadre d’un projet science. L’idée est d’utiliser l’outil " canal à houle " et les compétences de Mme Crayon pour en faire profiter les écoles de la circonscription et du département. Véronique, bien qu’en première ligne, a au début un peu " tâtonné pour trouver une pleine efficacité ". Va-t-elle prendre son bâton de pèlerin pour aider ses collègues ? Un maître ressource en sciences va-t-il jouer ce rôle de formation ? Ou alors pourquoi ne pas organiser une animation pédagogique dans les locaux du laboratoire de mécanique des fluides ? Il serait vraiment regrettable qu’un tel outil dorme dans un coin entre les chapeaux en crépon de la dernière fête d’école et les vieux TO7.

3 questions à Jamy Gourmaud, Présentateur de l’émission " C’est pas sorcier "

Votre émission est très regardée par les enfants et les enseignants. Comment l’expliquez vous ?

Nos émissions peuvent créer une amorce, être utilisées pour aborder un thème. C’est un outil sur lequel les enseignants peuvent rebondir. A l’école, l’enfant est là pour apprendre, et pas seulement pour prendre du plaisir, alors que le but de l’émission est d’être regardée pour le plaisir, et éventuellement d’apporter des connaissances. Si ça permet de débroussailler le terrain et de mieux travailler, si beaucoup prennent du plaisir à la regarder, alors tant mieux, mais on est très loin de faire le travail des enseignants.

Y a t-il malgré tout des similitudes entre votre travail et celui d’un enseignant ?

Quand on fait l’émission, on ne reçoit pas du courrier qui nous pose des questions, on les suscite. Je crois que l’enseignant fonctionne un peu pareil. S’il raconte une histoire extraordinaire sur la mer par exemple, en décrivant une vague, la façon dont elle se transporte, pourquoi elle bascule, comment elle érode les rivages selon la nature des sols, il ouvre un tiroir, puis un deuxième, puis un troisième, et embarque son public, ses élèves, dans une belle histoire.

Quel est l’intérêt du passage par des maquettes ?

Les maquettes sont des aides à la compréhension. Certains élèves sont parfaitement capables de comprendre quand on leur raconte, et d’autres ont besoin de voir. Pour contenter tout le monde, pour que la connaissance passe, c’est plus facile avec un modèle. Parfois, dans la nature, on ne voit pas tout. La maquette a cet avantage de montrer l’infiniment petit ou l’infiniment grand, ou de refaire un espace à l’échelle. Cela permet d’appréhender un problème de façon globale. Pour autant, même en sciences, il ne faut pas tomber dans le travers qui consisterait à ne pas faire travailler l’imagination pour essayer de conceptualiser des connaissances divulguées par l’enseignant. La modélisation ne doit pas devenir systématique.