« Les prescriptions sont floues »
3 octobre 2011

Frédéric Grimaud, enseignant en CLIS et doctorant en sciences de l’éducation. Il prépare une thèse en sciences de l’éducation sur l’intégration des élèves en situation de handicap en classes ordinaires, d’un point de vue ergonomique.

La scolarisation d’un élève en situation de handicap implique-t-elle des changements profonds dans le « faire la classe » des enseignants du primaire ?

De mon point de vue, pas tant que ça. Faire la classe c’est faire évoluer un collectif et cette préoccupation reste forte chez les professeurs des écoles. D’ailleurs, pour faire preuve d’efficacité malgré tout, les enseignants utilisent les ficelles du métier comme par exemple le tutorat, des tâches qui cadrent la classe, etc., ces gestes professionnels ordinaires. Par contre, le malaise général de notre métier est visible au travers de la loupe que représente l’accueil de l’enfant en situation de handicap. Et sur le plan des pratiques, la présence d’un enfant en situation de handicap a comme effet de sublimer les difficultés ordinaires du métier.

Pouvez-vous nous en donner des exemples ?

Il existe à mon sens deux types de difficultés. Le premier tient au manque de ressources. Les prescriptions sont floues, déficitaires voire contradictoires. D’un côté on laisse entendre que l’enfant en situation de handicap est un enfant comme les autres mais de l’autre, on précise qu’il a des besoins éducatifs particuliers. Alors, doit-il faire comme les autres ou pas ? Y a-t-il du sens à proposer à un seul une activité en décalage avec ce que font les autres ? Les prescriptions ne répondent pas à ces questions et l’enseignant doit résoudre seul ses dilemmes. La formation ultra déficitaire, qui se résume souvent à une explication des sigles de l’ASH, n’apporte pas de ressources non plus. Enfin, l’histoire du métier a aujourd’hui produit encore peu de pratiques opérantes pour répondre aux besoins des enseignants. Le deuxième est dû aux moyens alloués à la scolarisation. On demande à la profession de faire plus à moyens réduits. Les effectifs des classes n’encouragent pas une scolarisation dans de bonnes conditions en milieu ordinaire. Le statut des AVS, leur nombre et leur temps de présence ainsi que le manque de temps des enseignants sont des difficultés qui se surajoutent.

L’ensemble du dossier

- Handicap : ça roule pas tout seul
- L’école maternelle : diagnostic et pédagogie

- YONNE : Une scolarisation ordinaire
- Pluriprofessionnel : Agir en réseau

- Des brèves et des infos
- Christine Berzin : S’appuyer sur les compétences des élèves