Langues vivantes : Yes, we can
25 janvier 2010

La généralisation de l’enseignement des langues vivantes au primaire va bon train. Selon l’édition 2009 de « repères et références statistiques » du ministère, quasiment l’intégralité des classes de cycle 3 bénéficie d’une langue étrangère tandis qu’au cycle 2 on atteint des scores relativement élevés avec des progressions par rapport à l’année précédente de l’ordre de 20 points ( lire l’article ). Si la France s’est officiellement engagée dans une politique de développement des langues vivantes à l’école primaire dès 1989 c’est en 2001, sous le ministère de Jack Lang, que l’impulsion vers la généralisation a été donnée à l’institution. En moins de dix années, la progression a été spectaculaire.

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Il faut dire qu’elle est aussi portée par l’Union européenne qui a permis de fixer pour tous les États membres un cadre européen commun de références pour les langues. Celui-ci, qui définit l’objectif de permettre à tous les jeunes Européens de 15 ans de parler deux langues étrangères, fixe les connaissances à maîtriser en fonction des niveaux de scolarisation. À la fin de l’école élémentaire, tous les élèves doivent maîtriser les compétences de niveau A1 mettant en œuvre des connaissances culturelles et lexicales et, des notions de grammaire et de phonologie ( lire l’article ). Les objectifs poursuivis ont nettement évolué avec le temps. On est passé d’une « initiation » en 1989, à une « sensibilisation » en 1995, puis à un « apprentissage » en 1998 pour parvenir au début des années 2000 à la « généralisation » et aux capacités de communiquer.

Bel affichage des résultats obtenus depuis le début de la décennie, tant au niveau qualitatif qu’au niveau quantitatif ! Mais les chiffres ne doivent pas cacher la grande complexité de la situation générale actuelle, ni la grande diversité des situations au niveau local. Ainsi, on compte dans le 1er degré plus de 65000 professeurs des écoles enseignant les langues étrangères et, avec les professeurs du second degré et les intervenants extérieurs, ce sont au total près de 71600 personnes qui sont affectées à ce travail ( lire l’article ). Pour autant, les chiffres de la généralisation s‘appuient parfois sur des tours de passepasse, notamment au cycle 2 avec des injonctions de plus en plus nombreuses faites aux enseignants non habilités de s’y mettre ( lire l’article ). Cela signifie-t-il pour autant que le ministère cherche à faire du chiffre sans vraiment se soucier du résultat obtenu ? Là encore ce n’est pas si simple. Martine Kervran, maître de conférences à l’IUFM de Bretagne, estime qu’il « existe énormément d’outils audio et vidéo sur lesquels les enseignants moins experts peuvent s’appuyer pour donner à entendre les langues » ( lire l’article ). « Il faut dédramatiser » dit-elle à ceux qui se sentent peu armés pour faire face à la classe. Cela dépend aussi des objectifs que l’on s’assigne. Pour elle, l’important réside dans « l’expérience de l’altérité linguistique ». La chercheuse note aussi qu’aux épreuves du concours, « les compétences linguistiques sont surévaluées par rapport aux compétences didactiques »puisque ces dernières ne sont pas évaluées or, dit-elle, « l’essentiel n’est pas le degré de maîtrise linguistique des enseignants ». Autrement dit, il y a une vraie nécessité à introduire dans la formation un volet didactique.

Diversité des situations aussi face à la formation initiale ou continue. Depuis 2006 avec l’inscription d’une épreuve de langue au concours, les nouveaux arrivants ont un bagage jugé suffisant au niveau B2. Ceux entrés précédemment dans le métier peuvent avoir obtenu une habilitation, ou suivi des stages de formation continue. Là, la situation est encore variable selon les départements : stages longs ici, stages courts là, stages filés ailleurs, tous les parcours ne se valent pas. Une difficulté est par ailleurs régulièrement pointée : caser 1h30 de langue dans une semaine diminuée à 24h. Enfin, une question récurrente dont la réponse ne va pas en s’améliorant est celle de l’hégémonie de l’anglais dans les langues enseignées. Il représente aujourd’hui 87,7% des langues vivantes au primaire, il était de 81,6% en 2005 et de 75,9% en 2000. Une progression qui se fait au détriment des autres langues ( lire l’article ).

Enfin, diversité encore en fonction des pratiques, des innovations que savent mettre en œuvre les équipes et des outils qu’elles utilisent. L’informatique et les programmes européens fournissent des ressources aux enseignants. Caroline Sarfati, enseignante dans les Alpes-Maritimes, a tissé des réseaux européens grâce au portail e.Twinning ( lire l’article ). Emblématique aussi le travail d’équipe et de longue haleine entrepris à Bordeaux par les enseignants de l’école de La Benauge. Le travail s’appuie tout autant sur l’expérience acquise par le groupe au fil des années que sur le projet d’école et les compétences plus ou moins grandes de chaque enseignant ( lire l’article ), avec à chaque fois des pratiques à inventer. Et tout ça avec comme enjeu, comme le dit Martine Kervran,« que l’école participe à la formation de citoyens éclairés ».