Dossier : "L’école côté cour"
La récré s’organise
9 mai 2011

A Villars-les-Dombes, l’équipe de l’école maternelle a aménagé le temps de la récréation et son espace. Petit détour sur ce moment particulier de l’école entre liberté et contrainte.

JPEG - 34.3 ko

A 10h00, les récréations de l’école maternelle de Villars-les-Dombes commencent. Les cris s’invitent dans la cour et les enfants se précipitent aux quatre coins de cet espace recroquevillé entre les classes. Les récréations au pluriel car dans cette école de 7 classes qui compte 180 élèves, impossible de sortir tous en même temps. Alors, les enseignantes ont décidé d’échelonner les sorties sur trois créneaux qui se chevauchent. _ Une organisation qu’elles ont choisie afin qu’il n’y ait jamais plus de quatre classes en même temps dans la cour. «  C’est un planning contraignant mais qui s’applique pour tous les lieux de l’école de la salle de motricité, à la BCD  » explique Mélanie Dahoui directrice de l’école.
Cette cour dans laquelle trône un marronnier est encadrée par les classes sur trois côtés et est ouverte sur un préau construit il y a quatre ans. Dernier investissement en date de la mairie dans la cour : une structure toboggan. «  Nous avons demandé cette installation en 2007. Il nous paraissait indispensable d’aménager la cour autour d’espaces de jeux bien identifiés qui canalisent les enfants dans des endroits différents  » poursuit Mélanie. Les enfants jouent donc sur cette structure mais aussi autour du bac à sable, sous le préau où voitures, camions et autres tracteurs sont disponibles et avec des vélos, tricycles et porteurs qui circulent dans la cour, d’autres profitent des bancs pour jouer... à la maîtresse. Mais pas de ballon car avec la route qui passe derrière le préau, c’est ingérable. Ces aménagements ont un coût important mais de l’avis de l’équipe, les récréations sont plus calmes, les disputes et les pleurs se font plus rares. «  Cet espace est, comme les autres, régi par des règles que l’on rappelle régulièrement. L’an passé nous avions réalisé des panneaux à l’aide de photos pour indiquer ce que l’on a droit de faire, et ne pas faire  » explique l’enseignante. Pas le droit de remonter le toboggan, pas le droit de pousser, pédaler pour contrôler son véhicule !
Mais, l’équipe a aussi fait le choix de surveiller la cour en commun. Une nécessité pour la sécurité des enfants entre passage aux toilettes, petits bobos, sollicitations diverses. 15 jours plus tôt un élève s’est cassé le bras en passant par dessus un copain qui s’est relevé à ce moment-là et l’a fait chuter. Un accident rare sans conséquence grave mais qui les conforte dans cette organisation. D’autant que celle-ci leur permet aussi de croiser leurs regards sur les élèves de chaque classe. Chacune s’occupe de tout le monde et c’est l’occasion de «  discuter de certains gamins, d’avoir un autre avis sur des comportements  » disent-elles. Exemples : «  quand un PS est encore accroché à son enseignante au mois d’avril, on s’interroge. La violence de certains enfants s’exprime parfois de façon particulière pendant la récréation  » et de citer le cas d’un GS qui n’avait pas du tout conscience de la souffrance des autres et pour qui le psychologue scolaire était intervenu.
Cette cour de récréation est pour elles un espace privilégié de l’apprentissage du vivre ensemble. Les enfants doivent gérer leurs actes en fonction des autres. L’an passé deux enfants en situation de handicap étaient scolarisés dans l’école dont l’un en fauteuil et l’intégration dans la cour ne posait pas problème mais il a fallu adapter certaines règles. L’un disposait d’un vélo avec un dossier et l’autre d’un vélo pendant toute la récréation. Ce moment est aussi un moment privilégié dans le rapport aux enfants. «  On peut se poser près d’eux et discuter de façon différente que lorsqu’on a les 26 dans la classe  ». Un ancien enseignant avait même investi ce temps pour créer une sorte d’atelier langage, se souviennent-elles.
Pour autant, ce moment reste un moment de liberté dans lequel elles n’interviennent qu’à la marge. «  On ne s’est pas concerté sur la façon dont on agit mais globalement, on ne s’occupe pas des chamailleries, on évite d’intervenir sur la passation des vélos mais dès qu’il s’agit de coups ou de mots blessants, on est là  » résume la directrice qui précise aussitôt «  ce n’est pas toujours facile de mesurer l’impact des mots. Un «  je ne t’aime plus  » entre copines peut parfois être source de vraie souffrance  ». Trente minutes sont passées, la récréation, elle, se termine. D’autres classes vont arriver et tandis que certains sont tentés de prolonger un peu le jeu, un GS déclare qu’il fait maintenant du vélo «  sans roulettes  ».

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier "L’école côté cour"
- La récréation dans les textes
- Construire le sens de la récréation
- La récré s’organise
- Ecole de l’odyssée
- En ligne
- Dérapages en cour
- Un espace de liberté et d’autonomie