La maternelle goûte à la tablette
11 octobre 2012

- Reportage à l’école Flornoy de Bordeaux
- En Bref
- 3 questions à Jacques Béziat, maître de conférence en sciences de l’éducation.


JPEG - 64.4 ko
Un objet facile d’utilisation qui incite à la découverte mutuelle.

À l’école maternelle Flornoy de Bordeaux, la tablette numérique s’est imposée pour l’équipe d’enseignants comme un nouvel outil au service des apprentissages.

Même Gaston et Gustave se sont mis à la tablette numérique. Ces prénoms un peu rétros sont ceux de deux petits élèves de l’école maternelle Flornoy à Bordeaux. Ce matin, avec trois de leurs camarades de moyenne section ils sont conviés par leur maîtresse Nadine Freou à compléter un trombinoscope numérique qui permettra à toute la classe de mieux faire connaissance. Dans un premier temps, les enfants se prennent mutuellement en photo grâce à la tablette. Puis il s’agit pour chacun d’eux de construire sa page « perso » en ajoutant au portrait son prénom écrit ainsi qu’un enregistrement de leur voix. L’interface tactile et très intuitive du logiciel permet aux enfants de réaliser eux-même leur travail même si l’aide de la maîtresse ou les conseils de leur camarade sont parfois nécessaires. « A la différence de l’ordinateur, l’outil suscite d’emblée la coopération entre élèves » explique Nadine qui souligne également « la facilité avec laquelle les enfants s’emparent du matériel, même ceux qui le découvrent pour la première fois ». Le trombinoscope terminé sera consultable dans la classe, la tablette restant accessible à tous les élèves dans un des ateliers permanents.

Une grande affordance*

L’an dernier sept tablettes numériques allouées par le rectorat ont fait leur apparition dans cette école d’application de 7 classes. Une entrée réussie puisque cette année, l’école a décidé d’en acheter 4 autres. Philippe Prévost le directeur justifie ce choix : « 4 tablettes sont dédiées à un atelier mobile mais chaque classe dispose de sa propre tablette qu’elle peut utiliser comme cahier de vie numérique, qui pourra être montré aux parents, le soir à la maison. » Pour Philippe, ce nouveau matériel trouve naturellement sa place à l’école pour autant que l’on ne s’en serve pas comme d’une banque de logiciels : « C’est un outil parmi d’autres qui doit se mettre au service des apprentissages. Il est particulièrement adapté aux objectifs de la maternelle : il permet le travail sur l’image, la motricité fine, l’expression orale et l’écrit » Olivier Rapet, maître de la petite section évoque la simplicité d’utilisation : « Les petits prennent facilement des photos tout seuls et ils peuvent voir tout de suite ce qu’ils ont produit ». Carole Lopez a découvert le matériel en même temps que ses élèves de grande section. Une formation sur le tas qu’elle ne regrette pas : « Ce type de tablette se caractérise par un grande « affordance », on apprend en faisant, ce qui est tout à fait adapté à l’usage en classe, d’autant plus que se tromper n’est pas un problème. ». L’an dernier les élèves de Carole ont réalisé de nombreux « livres numériques » rendant compte de la vie de sa classe incluant photos ou vidéos et sons : compte-rendu de visites, livre d’anniversaires et même un mode d’emploi de la tablette. « En grande section, les élèves ont acquis une maîtrise de l’outil qui leur a permis de réaliser un abécédaire en autonomie presque complète » Partage de découvertes, échanges de pratiques pédagogiques..., l’usage de la tablette semble en tout cas renforcer et alimenter le travail collectif de l’équipe. Seule limite liée à la marque du matériel (à l’effigie d’un fruit qui donne du cidre), l’absence d’interactivité qui empêche pour l’instant la mise en ligne sur Internet des productions des classes. Mais l’école souhaite aller plus loin, Philippe a demandé à la mairie de Bordeaux de doter l’an prochain chaque classe d’un tableau numérique interactif comme elle le fait déjà pour les 98 écoles élémentaires.

*affordance : capacité d’un objet à suggérer sa propre utilisation


EN BREF

- High-tech | Enseigner aux « digital natives »

- Numérique en maternelle | Educavox

  • Sur Educavox, site dédié à l’innovation et aux nouvelles technologies à l’école, une page spéciale maternelle présente en vidéo diverses pratiques pédagogiques utlisant les TICE : tablettes,TBI, twitter... On y trouve aussi des conférences et des témoignages sur l’usage du numérique en maternelle dont des interventions de Sege Tisseron et Jacques Béziat.
    http://www.educavox.fr/Le-numerique-a-l-ecole-maternelle,165

- Logiciel gratuit | Cahier de vie numérique

  • Les groupes école maternelle et TICE de Vendée proposent sur le site de l’académie une présentation très complète des utilisations possibles du logiciel gratuit didapages. Celui-ci permet de créer facilement des cahiers de vie numérique qui intègrent textes, photos, vidéos et permettent de partager sur Internet avec les familles les activités menées en classe.
    [http://ec-didapages-85.ac-nantes.fr/>http://ec-didapages-85.ac-nantes.fr/]


« En classe, le numérique doit devenir banal »


JPEG - 11.3 ko

Jacques Béziat , ancien instituteur, est directeur du département de sciences de l’éducation de l’Université de Limoges. Il a publié de nombreux articles sur le thème des technologies de l’information et de la communication (TIC) en formation et en éducation.


- Les technologies numériques ont-elles leur place à l’école maternelle ?

  • Évidemment pour des raisons à la fois pédagogiques et sociales. Il n’y a pas de raison que ces outils qui ont acquis une légitimité dans la société et à la maison n’aient pas la même dans le contexte scolaire. Il en va de l’insertion de l’école dans la vraie vie. Celle-ci ne peut pas se replier sur elle-même et doit permettre aux enfants d’entrer dans la culture de leur époque dès le plus jeune âge. Bien sûr, c’est l’occasion en classe de découvrir de nouvelles utilisations en lien avec les apprentissages. Sur la question des usages, nous sommes encore dans une phase d’émergence et il est important de laisser les enseignants découvrir, inventer, réfléchir avant de faire le tri entre bonnes et mauvaises pratiques.

- Cette découverte ne se fait-elle pas aux dépens d’autres apprentissages ?

  • Il faut considérer l’utilisation du numérique comme n’importe quelle autre activité scolaire. Ne faire que ça, c’est un risque mais l’argument serait le même pour une classe de grande section qui passerait son temps à ne faire que de l’apprentissage de la lecture pour préparer le CP par exemple. On a tendance à surestimer un « impérialisme » des nouvelles technologies au nom d’une approche un peu hygiéniste de la question. En classe, le numérique doit être démystifié et devenir un objet banal. Aucune raison pour qu’en maternelle les enfants ne continuent pas à écrire, dessiner, peindre, découper, coller, danser, parler, chanter, apprendre, se développer...

- Que penser de l’outil « tablette numérique » ?

  • Ça reste un instrument très séduisant qui incite à la manipulation et à l’exploration. Les petits peuvent dire « j’ai un outil comme les grands ». La tablette est maniable, elle peut circuler entre enfants, se transporter avec la classe pendant les visites à l’extérieur. Elle intègre tous les médias : écrit, image, son et raccourcit les distances entre production, exploitation et consultation. La tablette peut rentrer dans les pratiques traditionnelles des enseignants comme les cahiers de vie ou les trombinoscopes mais les fait en même temps évoluer vers l’univers de la haute technologie.