Handicap
L’Italie en totale intégration
23 mai 2012

En Italie, l’intégration scolaire des jeunes en situation de handicap est totale depuis plus de 40 ans. Comment les écoles s’organisent-elles ? Quelles sont les réponses en terme de formation, d’enseignants spécialisés, d’équipes médico-psycho-pédagogiques ?

En Italie, depuis plus de 40 ans, l’intégration scolaire des jeunes en situation de handicap est totale, depuis l’entrée à l’école jusqu’à la fin du lycée. Il n’y a quasiment aucun établissement spécialisé. Ce principe est vécu par la population, les enseignants et leurs organisations syndicales comme un réel progrès. Cependant du fait des politiques d’austérité, mais aussi de privatisation des services publics qui sont aussi passées par l’Italie, le cadre théorique présenté ici a été écorné : moins de ressources médicales, éducatives, hausse des effectifs, etc...
Parallèlement la scolarisation des jeunes en situation de handicap généralisée en France depuis 2005 s’est beaucoup développée sur le plan quantitatif. Mais de nombreux obstacles empêchent notre école de faire un travail de qualité : difficultés d’organisation, effectifs, formation, personnels spécialisés, etc... Comment les autres pays assurent-ils cette mission ? La visite de Rossella Benedetti, syndicaliste chargée des relations internationales du syndicat enseignant italien UIL Scuola (Unione italiana del Lavoro Scuola) a été l’occasion d’échanger sur ce sujet. Il va sans dire que cet échange a été ponctué de précisions concernant le fonctionnement plus général du système éducatif italien.

La reconnaissance du handicap

Elle se fait par le médecin. Normalement chaque quartier ou secteur dispose d’un « centre de ressources » médicales, psychologiques et ré-éducatives. Mais l’initiative revient à la famille qui décide de consulter ou non. Un problème que nous connaissons bien dans nos écoles. Que faire quand les parents refusent de faire cette démarche, ce qui est souvent le cas concernant les difficultés d’ordre psychologique et/ou psychiatrique ? Une fois le handicap établi, c’est le médecin qui prescrit les soins mais aussi les heures d’accompagnement et les heures d’enseignement de soutien nécessaires.

L’organisation scolaire

L’enseignement primaire italien connait deux modalités de prise en charge horaire des élèves selon le choix des familles : soit 40 heures (qui couplent heures d’enseignement et heures éducatives), soit 24 heures de classe. Ce qui définit le plus le travail des enseignants italiens, c’est la collégialité : équipe d’école mais aussi équipes de classe. Les programmes d’études sont faits collectivement, tout comme l’organisation et la répartition des moyens alloués globalement aux écoles. S’ajoutent plusieurs fois par an les réunions avec les parents et avec l’équipe médico-psycho pédagogique du secteur/quartier.

Pour l’intégration scolaire, les écoles reçoivent le concours de deux sortes de personnels : les enseignants de soutien (équivalents de nos enseignants spécialisés) et les accompagnants (comme nos auxiliaires de vie scolaire). Les enseignants de soutien interviennent toujours dans la classe : le soutien à l’élève passe systématiquement par le soutien à la classe. Aucun élève ne sort de la classe. Une prise en charge en dehors est vue comme particulièrement discriminante et inadaptée. C’est le travail en équipe en amont et en aval de la classe qui est premier. De plus les objectifs pédagogiques s’attachent avant tout aux progrès de l’élève en situation de handicap, pas aux résultats.

En principe il n’y a pas plus d’un élève en situation de handicap par classe. L’effectif de la classe est alors limité à 20 élèves. Il faut en effet tenir compte de la présence dans les classes d’élèves à besoins éducatifs particuliers. Cette règle subit aujourd’hui de nombreuses entorses – jusqu’à 25 élèves - du fait des restrictions budgétaires.
On compte un enseignant de soutien pour 4 élèves en situation de handicap, ce qui fait qu’il puisse y avoir plusieurs enseignants de soutien dans un groupe scolaire. L’attribution d’enseignants de soutien aux écoles se fait par un « bureau » (sous tutelle de la municipalité, il inclut la représentation syndicale) par addition des heures prescrites.
Quand la situation de l’élève est particulièrement grave, la présence d’un éducateur peut être nécessaire : celui-ci est alors employé par la municipalité.

La formation des enseignants

Les enseignants italiens sont formés à l’université dans des écoles pédagogiques insérées dans les facultés de sciences de l’éducation de manière différenciée entre primaire et secondaire. Les premiers entament leur formation dès la première année de licence pour un cursus qui tend aujourd’hui à s’établir au Master 2 (bac + 4 précédemment). Les seconds intègrent le cursus Master après la licence, mais peuvent avoir commencé leur orientation en L3. Tous les enseignants bénéficient donc aussi d’une forte formation en pédagogie, développement de l’enfant, etc. On évalue par ailleurs à environ 30 ECTS (une demi-année) la formation consacrée aux besoins éducatifs particuliers et à l’intégration des élèves en situation de handicap. Cette formation inclut la maîtrise des adaptations pédagogiques et le travail en équipe notamment.

Les enseignants spécialisés

Les enseignants de soutien ont le même salaire et les mêmes services que les autres enseignants.
L’année supplémentaire nécessaire pour être enseignant de soutien se déroule sur la base d’un engagement à faire ce travail pendant 5 ans. Au delà, ils sont assez nombreux à reprendre le travail de classe.
De fait il est plus facile d’être recruté d’abord comme enseignant de soutien. En Italie le recrutement des enseignants s’opère un peu sur le modèle de ce qui ce fait dans nos collectivités territoriales : le concours n’ouvre pas directement l’accès à un emploi, il permet seulement de postuler.