Primaire
Inventaire avant travaux
30 août 2012
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Le gouvernement a lancé la concertation pour la refondation de l’école en priorisant le primaire. Etat des lieux de l’école pour bien fixer les priorités.

Le noyau dur, est à l’éducation nationale un peu ce qu’est le trou noir pour les astrophysiciens : un phénomène majeur qui bouffe toute la lumière toutes les énergies, mais qui à lui seul ne saurait expliquer toute la complexité de l’univers. 15 à 20% des élèves entrant en 6e avec des difficultés en Français et en maths, c’est forcément beaucoup trop, d’autant que la tendance va en s’aggravant comme le montre une étude de la DEPP comparant le taux d’élèves en difficulté en 6ème en 1997 et en 2007. Si le système a permis cette année à plus de 77% d’une tranche d’âge de réussir le BAC, taux historique qui montre les avancées du système éducatif, Agnès Van Zanten souligne qu’il ne faut pas confondre « massification » et « démocratisation ». Bref, bien des difficultés demeurent et si l’école primaire doit être prioritaire, c’est d’abord parce les premières étapes de la scolarité sont déterminantes pour le parcours ultérieur des élèves. Alors que jusqu’au mois d’octobre se déroule la concertation préalable à la rédaction d’un projet de loi d’orientation et de programmation de l’école, il est plus que temps de dresser un état des lieux. Pour le SNUipp qui lance une consultation des enseignants dans les écoles, la future loi « devra fixer des priorités, et s’y tenir ». Parmi elles, on vient de l’évoquer, figure celle de l’éducation prioritaire. Au fil des ans, cette dernière a vu ses moyens se diluer dans un empilement de dispositifs toujours nouveaux mis en place sans même que les précédents n’aient été évalués… Résultat, les inégalités sociales et économiques dont souffrent certains territoires n’ont jamais été compensées, et l’éducation prioritaire est bien souvent perçue comme une promesse non-tenue par l’Education nationale.

Des priorités pour un primaire prioritaire

Parmi les leviers qui permettent d’anticiper les difficultés, de les prévenir, figure la maternelle notamment pour la maîtrise du langage et les premiers pas vers la culture scolaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la situation n’a cessé de se détériorer au fil des ans. Effectifs encore plus élevés qu’en élémentaire, chute vertigineuse de la scolarisation des deux ans… On est bien loin des conditions de scolarisation préélémentaire permettant à tous d’entrer dans les apprentissages, et ce au moment où l’OCDE rappelle que « l’investissement dès l’école maternelle pour les enfants issus de milieux défavorisés constitue une mesure équitable. » Un autre aspect que la nouvelle loi devra examiner, est celui de l’organisation de l’enseignement. L’exemple de la mise en œuvre de l’enseignement par cycles pédagogiques engagée avec la réforme de 1989, non démentie par celle de 2005, est assez exemplaire. L’idée était de mettre en œuvre une pédagogie différenciée adaptée au rythme d’apprentissage de chaque élève, une réforme qui mettait l’élève au centre du système. Puis vinrent les programmes de 2008 mettant de fait un frein à cette organisation pédagogique. Pour autant, la difficulté des équipes à faire vivre les cycles n’est pas étrangère non plus à l’inadéquation des moyens dont ils disposent pour la concertation et le travail en équipe, pour leur formation, pour faire évoluer leur culture professionnelle.

L’argent au cœur du problème

Si l’élève est censé être au centre du système, l’argent lui est de toute évidence au cœur du problème. L’école française est victime d’un sous-investissement chronique de l’Etat. De nombreuses études convergent. L’OCDE estime à 15% le déficit d’investissement du pays dans son école comparé à la moyenne des autres pays de l’organisation. De plus, fortement prescripteur, ce même État alourdi bien souvent la charge financière des communes sans nécessairement leur apporter les compensations financières. Une situation d’autant plus préjudiciable que, par manque de moyens financiers ou par choix politique de certaines municipalités, cela aboutit à des écarts allant de 1 à 10 dans le montant des crédits accordés par les communes aux écoles élémentaires. Ce constat fait par le SNUipp dans une étude réalisée en 2011 appelle à repenser le système de financement et à réduire les disparités notamment par la péréquation. Redonner la priorité au primaire ne se fera pas par un coup de baguette magique. «  Le consensus ne doit pas cacher les difficultés à la décliner en dispositifs » prévient la sociologue Agnès Van Zanten. Le SNUipp avec les enseignants entend bien jouer un rôle de premier plan dans la définition de la nouvelle loi et sa mise en œuvre.

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