Handicap : ça roule pas tout seul
3 octobre 2011

La scolarisation des élèves en situation de handicap prend de l’ampleur en même temps que la loi de 2005 prend de l’âge. Sans ressources suffisantes, elle reste une difficulté professionnelle pour les enseignants.

JPEG À cette rentrée, 214 600 élèves en situation de handicap sont scolarisés en « milieu ordinaire » (dont près des deux tiers dans le primaire), soit 13 212 de plus qu’à la rentrée 2010 et 60,3% de plus qu’en 2005. En déplacement dans l’Yonne le 12 septembre où il visitait une classe concernée, Luc Chatel en a fait un objet de communication, se félicitant de la hausse continue de la scolarisation de ces enfants depuis l’adoption il y a six ans de la loi sur l’égalité des droits et des chances. Certes, les équipes ne dérogent pas à leur mission, chaque enfant devant être scolarisé dans l’école de son secteur de résidence (voir l’article). Pour autant, les choses ne vont pas de soi et pour 63% des enseignants, comme le montre le sondage réalisé en avril dernier par le SNUipp, c’est le principal objet de préoccupation professionnelle (voir l’article).

Les raisons en sont multiples, elles ont été en partie soulevées lors du colloque organisé par le SNUipp au mois de mai (« comment reprendre la main sur le métier pour transformer l’école ? »). L’enseignant est d’une part confronté à l’exigence de continuer de porter tout le groupe à un niveau de compétences et de connaissances attendues pour chaque tranche d’âge, et d’autre part soumis à l’impératif de s’adapter aux besoins et aux compétences de chacun, phénomène exacerbé chez l’élève handicapé qui demande une approche personnalisée.

Le rapport du sénateur Blanc remis lors de la conférence nationale sur le handicap en juin, tentait d’expliquer pourquoi « l’école peine aujourd’hui à répondre de manière pertinente aux besoins des enfants handicapés ». Et le sénateur UMP de lister quelques-uns de ces freins : « le déficit de formation des équipes éducatives », le recrutement d’auxiliaires de vie scolaire sans condition de qualification sur des contrats précaires... Une situation qui selon lui « ne permet pas un accompagnement dans la durée ». Rappelons que c’est suite à la publication de ce texte que le président de la République a annoncé la transformation de 2 000 contrats aidés en postes d’« assistants de scolarisation » , mais on est là bien loin du compte.

L’enseignant à l’épreuve du réel

Sur le plan institutionnel, l’enseignant n’est pas tout seul, mais à l’épreuve du réel, cela ne va pas de soi. Scolariser un enfant en situation de handicap demande de faire appel à d’autres professionnels internes ou externes à l’école. Le projet personnalisé de scolarisation piloté par la Maison départementale du handicap suppose un véritable travail en équipe. Mais les disparités territoriales, la pesanteur du système font que parfois l’équipe de suivi de la scolarisation ne fonctionne pas au mieux. Sur le plan purement scolaire, la scolarisation se fait soit de manière individuelle en classe ordinaire soit par le biais d’une Classe d’inclusion scolaire (CLIS) (voir l’article). La question de la formation initiale et continue est, tout comme celle de l’accompagnement, de première importance. Les notifications de la MDPH concernant la présence d’un AVS ne sont pas toujours respectées faute de moyens... Frédéric Grimaud, enseignant en CLIS et doctorant en sciences de l’éducation pointe deux problèmes fondamentaux : « le manque de ressources », le fait de demander « à la profession de faire plus à moyens réduits » (voir l’article).

Gérer le collectif tout en personnalisant certains temps

Dans de telles conditions, cela demande beaucoup aux enseignants : s’investir, apprendre à gérer le cadre collectif de la classe tout en ménageant des temps pour individualiser. C’est ce que fait Anne Mercuzot à l’école Brazza d’Auxerre (Yonne), tout en soulignant qu’elle a pu combler une part de son déficit de formation grâce à la présence de l’enseignant référent (voir l’article). À la maternelle, les enseignants sont confrontés à une autre difficulté. Celle du repérage du handicap et la révélation aux parents. À Caen, le directeur Philippe Lemounier témoigne de l’importance de cette période. (voir l’article). Alors oui, majoritairement les enseignants disent que la scolarisation d’un élève en situation de handicap leur pose des difficultés. On comprend mieux pourquoi et Christine Berzin, maître de conférence en sciences de l’éducation de l’Université de Picardie délimite toute la complexité de l’exercice (voir l’article). Mais elle décrit les leviers : « aucune scolarisation n’est donnée clé en main » et surtout elle invite à changer de regard, à s’appuyer sur les compétences de ces élèves et, citant le professeur Charles Gardou, à « passer d’une vision du creux à la valorisation du relief ». Mais pour ce faire, diagnostiquer ce qui fait obstacle aux apprentissages pour chaque individu concerné et travailler en équipe sont indispensables.



Scolarisation des élèves en situation de handicap, un long chemin ?

Selon l’enquête menée par le SNUipp en avril 2011, 63% des réponses révélaient une « préoccupation des enseignants concernant la scolarisation des élèves en situation de handicap ». Pourtant, la réflexion sur les conditions d’apprentissage continue à se développer dans les écoles, comme en témoignent les reportages sur les coopérations nécessaires, sur les conséquences sur la formation initiale et continue, sur les niveaux d’exigence dans les apprentissages pour ces élèves. Mais la réalité des classes est complexe et variée, les conditions nécessaires pour la mise en oeuvre de la loi de 2005 sur la scolarisation des élèves en situation de handicap sont rarement réunies et une seule réponse institutionnelle et prescriptive n’y suffira pas.

Pour le SNUipp, il est urgent d’avoir un bilan des moyens réellement mis en oeuvre par l’Etat pour faire face à l’augmentation de cette scolarisation, en terme de carte scolaire, d’allègement des effectifs, de postes spécialisés, y compris d’enseignants-référents, de formation, de matériel pédagogique, d’équipements adaptés, d’accompagnement et de temps pour les équipes.



L’ensemble du dossier

- L’école maternelle : diagnostic et pédagogie

- Frédéric Grimaud :« Les prescriptions sont floues »

- YONNE : Une scolarisation ordinaire
- Pluriprofessionnel : Agir en réseau

- Des brèves et des infos
- Christine Berzin : S’appuyer sur les compétences des élèves