Dossier : "Réformer l’école : l’art et la manière "
Handicap : Cergy, l’intégration à cœur
11 septembre 2012

À Cergy, l’intégration des élèves en situation de handicap semble aller de soi grâce à la mobilisation de l’équipe d’enseignants. mais à quel prix ?

À l’école des Châteaux-Brûloirs de Cergy (95), on n’a pas attendu la loi de 2005 pour intégrer les élèves en situation de handicap en classes ordinaires. L’école qui compte 6 classes et 2 CLIS a depuis longtemps inscrit l’intégration au centre de son projet d’établissement et en ce jour de pré-rentrée, l’ensemble de l’équipe se penche sur un fonctionnement qui selon la directrice Karine Klaime nécessite à la fois « de l’organisation et de la souplesse ». L’inclusion scolaire ne figure pas uniquement dans l’acronyme mais constitue ici une pratique quotidienne : Les élèves de CLIS, handicapés moteur, rejoignent leurs camarades des autres classes en fonction de leurs besoins et de leurs compétences pour une leçon de mathématiques ou d’histoire, une séance d’EPS, aidés en cela par un auxiliaire de vie scolaire « volant » qui intervient en complément des deux AVS « collectifs » affectés sur les classes. Un fonctionnement constitutif de la vie de cette école et accepté par tous même par Marianne Brunet, jeune PE nommée à la rentrée, qui découvre cette organisation.

Des obstacles à lever

Mais tout « ne roule pas tout seul » et les enseignants ne manquent pas de relever les nombreux obstacles qui entravent une pratique pourtant au cœur de la loi sur le handicap de 2005. Le premier d’entre eux est la hausse continue des effectifs, conséquence des fermetures de classe qui ont frappé l’école. « L’effectif des CLIS ne compte pas pour le calcul du taux d’encadrement » fait remarquer Audrey Chaponneau, enseignante en CLIS, « intégrer un élève dans un CP qui compte déjà 28 élèves, ça devient compliqué ». Une difficulté d’autant plus grande que certaines classes comptent d’autres élèves en situation de handicap qui réclament une attention particulière de leur enseignant. Patrick Rigole, qui a accueilli dans son CM2 un élève autiste l’an dernier, déplore le manque d’accompagnement de l’institution : « La seule formation sur l’autisme que nous avons reçue, c’est celle d’une association. 3 mercredis matin dans l’année, très intéressants d’ailleurs, mais que nous avons eu le plus grand mal à faire comptabiliser comme animations pédagogiques ». Ce défaut de formation, qui touche aussi les AVS accompagnants est regrettée par toute l’équipe. « Tous les ans, nous demandons un stage de formation avec les professionnels du centre de soins, il ne nous a jamais été accordé » indique Karine, « heureusement les enseignants spécialisés de l’école nous apportent leurs connaissances ». C’est certainement le travail en équipe qui permet de pallier les manques, de contourner les difficultés et de mener à bien le projet. Même si la multiplication des entre- tiens, des réunions entre collègues, avec les professionnels de santé, les parents d’élèves pèsent sur l’emploi du temps de chacun. Une implication de tous les instants que Karine ne regrette pas : « Depuis que je suis dans l’école, j’ai appris beaucoup de choses, j’ai découvert sur le tas, sans soutien de l’administration, mais j’ai l’impression que mon travail est moins figé, moins répétitif ».

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier : "Réformer l’école : l’art et la manière "
- Un mammouth alerte
- Aide personnalisée : Chronique d’une réforme imposée
- « Suisse : les enseignants associés »
- Handicap : Cergy, l’intégration à cœur
- Ailleurs : Mais comment ont-ils fait, ces finlandais ?
- Textes et circulaires : Quand l’injonction ne paie pas
- « Chercher un équilibre ... »